Session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale le 15 mars 2016 Credit:CHAMUSSY/SIPA/
Session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale le 15 mars 2016 Credit:CHAMUSSY/SIPA/ - SIPA

Deux mois après le début de la contestation contre la loi Travail, portée par les syndicats lycéens et étudiants, le lien entre une partie de la jeunesse et la classe politique continue de se détériorer. C’est ce qu’indique une enquête OpinionWay pour 20 Minutes réalisée le 4 mai dernier sur l’engagement des jeunes en politique.

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Les élus dans le viseur des jeunes

Selon 65 % des 18-30 ans sondés, la classe politique actuelle endosse une responsabilité plus importante que les institutions dans les problèmes qu’ils rencontrent. Un résultat logique pour le politologue Thomas Guénolé : « Les jeunes portent un regard très critique sur cette génération qui a l’âge de leurs grands-parents et qu’ils considèrent comme responsable de leur situation. Cela s’explique notamment par une raison matérielle : ils sont davantage touchés par le précariat, c’est-à-dire par des revenus et une situation professionnelle instables ».


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La question de la représentativité est également problématique puisque 82 % des jeunes interrogés ont le sentiment que leurs idées et leurs préoccupations ne sont pas suffisamment exprimées dans le débat public. Sur ce point, Thomas Guénolé souligne que l’âge de la classe politique n’entre pas en considération : « Il faut distinguer les idées de la classe d’âge. Déjà parce que ce sentiment est partagé par un grand nombre de Français, toute classe d’âge confondu. Ensuite, on note que l’actuel gouvernement est composé de ministres plus jeunes qu’auparavant, c’est-à-dire âgés de moins de 40 ans. Pour autant, les idées qu’ils portent ne sont pas représentatives. Là dessus, les jeunes ne sont pas communautaristes et ne semblent pas attachés à l’âge des politiques s’ils portent leurs idées ».

Selon le politologue, deux exemples illustrent parfaitement ce décalage : «Le revenu de base est une réforme qui cartonne chez les jeunes politisés, mais dans la classe politique, seule une infime partie s’y intéresse. Idem pour le développement du télétravail qui semble parfaitement naturel et accepté chez les plus jeunes mais qui ne l’est pas chez les plus âgés ».

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Une image d’elle-même résignée

Autre enseignement à tirer de cette enquête, l’image que porte cette génération sur elle-même : 71 % des 18-30 ans n’ont pas le sentiment de contribuer à faire évoluer la société et 57 % pensent qu’ils ne seront pas en mesure de réinventer le vivre ensemble ou la vie en société. « La classe supérieure âgée étant surreprésentée dans le débat public, on assiste à une diabolisation ad nauseam de la jeunesse ». Seul point positif avancé par les sondés, cette résignation semble apparaître comme un salut pour beaucoup puisque 51 % des jeunes placent le fait « d’être dos au mur » et « l’obligation de se bouger » comme l’atout principal pour réussir.

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet «#MOIJEUNE», une série d'enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.

 

* Enquête 20 Minutes avec OpinionWay réalisée en ligne par questionnaire auto administré le 4 mai 2016 auprès d’un échantillon représentatif de 645 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

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