Présidentielle 2017: L'«antisystème», nouvelle marotte des politiques

POLITIQUE Autrefois l’apanage de l’extrême droite, le concept est désormais utilisé par de plus en plus de personnalités politiques…

Thibaut Le Gal

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Marine Le Pen, présidente du FN, le 19 février 2016 à Paris.

Marine Le Pen, présidente du FN, le 19 février 2016 à Paris. — CHAMUSSY/SIPA

Elle est la nouvelle formule à la mode. A droite, à gauche, des extrêmes au centre de l’échiquier politique, le mot « antisystème » revient inlassablement dans le discours des politiques. Nicolas Dupont-Aignan s’est présenté en candidat « antisystème » lors de sa candidature le 26 mars. Jean-Luc Mélenchon souhaite lui incarner « la juste colère contre la caste [qui fait] durer le système ».

Bruno Le Maire veut « torpiller l’ancien régime », quand Nicolas Sarkozy s’imagine en « candidat du peuple » face à celui de « l’establishment et des médias » que serait Alain Juppé. Rama Yade l’a même théorisé : « Je crois au clivage, mais le vrai clivage, il est entre le système et l’antisystème. »

« Le Système », introduit en France pour unir l’extrême droite

Le mot est à la mode, mais il n’est pas nouveau. « Le concept vient de l’extrême droite allemande des années 1920. La dénonciation du Systemzeit est utilisée par les Nazis pour attaquer la République de Weimar, ses institutions et ses élites cosmopolites », rappelle l’historien Nicolas Lebourg. « Le terme est introduit en France au début des années 1950 pour unifier l’extrême droite française contre un ennemi commun : le Système. C’est-à-dire la IVe République, l’idéologie humaniste et droit de l’hommiste, poursuit-il. On retrouve ensuite cette expression dans le discours du FN, qui l’habille d’un "ni droite, ni gauche" plutôt habile électoralement en 1995. »

Le terme se généralise petit à petit dans la classe politique. On retrouve une dénonciation du système à l’extrême gauche mais aussi chez un François Bayrou pour dénoncer un bipartisme électoral. « La nouveauté aujourd’hui, c’est la prise de conscience globale d’une faillite de la crédibilité politique », avance l’historien Jean Garrigues.

Un objectif politique : les abstentionnistes

« Le désamour n’a jamais été si fort entre les citoyens et les institutions. La notion évoque le blocage des grands partis politiques, qui monopolisent le pouvoir et les sièges, mais aussi le système d’autoreproduction des élites politiques ou technocratiques », développe le spécialiste d’histoire politique.

Pas étonnant de voir des candidats à la présidentielle s’affranchir des partis, ou dénoncer la verticalité du système politique. L’antisystème est devenu un mot-valise, utile pour tenter de capter les déçus de la politique. « Ce discours est en partie accaparée par l’extrême droite. Mais la plus grande force politique reste l’abstention, notamment chez les jeunes. Certains tentent donc de surfer, de manière parfois étonnante, sur ce discours pour récupérer quelques voix », continue Jean Garrigues.

Quel sens aujourd’hui ?

Nicolas Lebourg est sceptique. « Se dire antisystème n’a plus vraiment de sens aujourd’hui, même au FN, avance-t-il. Florian Philippot continue par exemple de dénoncer le système dans les médias alors qu’il a le record des matinales en 2015 avec 65 invitations… »

« L’utilisation de la démocratie participative ou des réseaux sociaux montrent chez certains une volonté de renouveler les pratiques de fonctionnement même si ces mouvements s’arrêtent souvent aux contingences des campagnes électorales, remarque Jean Garrigues. La crédibilité du discours antisystème chez les politiques ne tient finalement qu’à leur capacité à se réformer. »