Le secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts David Cormand, le 9 avril 2016 à Paris
Le secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts David Cormand, le 9 avril 2016 à Paris - JACQUES DEMARTHON AFP

Cette fois, le divorce semble consommé entre écologistes et socialistes. Dimanche, la candidate du PS Karine Daniel a remporté le siège de député laissé vacant par Jean-Marc Ayrault lors d’une législative partielle à Nantes. Elle avait reçu le soutien du Parti communiste… mais pas celui d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), qui n’avait donné aucune consigne de vote. Une première depuis longtemps.

« La circonscription de Notre-Dame des Landes n’est pas n’importe quelle circonscription. C’est celle de l’entêtement anti-écologique du gouvernement. C’est la circonscription d’un modèle productiviste appartenant à un monde passé. C’est le symbole de l’erreur dans lequel on est aujourd’hui », réagit Sandrine Rousseau, porte-parole EELV.

« L’alliance ne peut pas prendre le dessus sur tout »

Cette décision reflète une stratégie plus globale. « On avait choisi au début des années 1990 de rentrer dans un cycle d’alliance pour pouvoir mettre en œuvre une politique écologique », a assuré le secrétaire national David Cormand sur Sud Radio et Public Sénat ce lundi. « On avait fait un pari », en signant un programme avec le PS en 2011, pour « mettre en place un projet écolo-compatible [mais] on constate, surtout depuis 2012, qu’il n’y a pas de place pour l’écologie dans cette majorité ».

« On a quand même un gouvernement qui vient de promettre3 milliards d’euros à EDF, qui valide la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, qui fait une conférence environnementale qui est une coquille vide… », égrène Sandrine Rousseau. « L’alliance ne peut pas prendre le dessus sur tout. Il nous faut reconstruire dans les années qui viennent une identité d’écologie radicale, avec un discours fort et une stratégie de développement ».

« EELV, c’est l’auto-élimination tout seul »

Cette reconstruction se fera donc loin du Parti socialiste. EELV a promis qu’il n’y « aura ni accord ni alliance en 2017 », comme cela avait été le cas aux législatives 2012. Le conseil fédéral du parti, prévu en juin prochain, devrait acter cette décision. Après les départs de plusieurs cadres, EELV ne risque-t-il pas de se marginaliser davantage ?

« Si le cours actuel des écologistes, c’est soit la gauchisation ou l’extrême gauche, soit le ni droite-ni gauche, ils vont quitter l’espace public, c’est évident. Ils n’ont de choix, de possibilité de prospérer, ça a toujours été comme ça, que dans une alliance des progressistes », a plaidé Jean-Christophe Cambadélis sur LCP.

« C’est quand même assez particulier puisqu’en général on peut être éliminé mais contre son gré. Et là EELV, c’est l’auto-élimination tout seul », a taclé François De Rugy, l’ancien EELV parti avec Jean-Vincent Placé en septembre.

« On prend peut-être le risque de disparaître, mais on n’est pas les seuls à penser que l’écologie est indispensable. Il n’y a qu’à voir ce qui se dit à Nuit Debout. Il faut travailler pour faire de tout ça un mouvement politique », ajoute Sandrine Rousseau. « Quand on est seuls, on progresse, regardez les élections en Autriche ». Le candidat écologiste Alexander Van der Belle est arrivé en seconde position du premier tour de la présidentielle autrichienne derrière le candidat de l’extrême droite.

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