«Panama Papers»: Qui est le groupe international de journalistes ICIJ à l'origine des révélations?

EVASION FISCALE Derrière l’affaire évasion fiscale des « Panama Papers », se cache le travail du Consortium international des journalistes d’investigation, un organisme à but non lucratif…

V. J.

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Vue aérienne de la ville de Panama.

Vue aérienne de la ville de Panama. — RODRIGO ARANGUA / AFP

C’est la plus grande fuite d’informations de l’histoire du (data) journalisme. Avec 2,6 térabytes de données et 11,5 millions de documents, l’affaire des « Panama Papers » est, par exemple, 1.500 fois plus importante que WikiLeaks.

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Lorsque le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung est contacté il y a un an par un lanceur d’alertes anonymes (« Hello. This is John Doe. »), il comprend très vite qu’il ne pourra faire face seul à un tel travail d’investigation, et se retourne vers le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). Sous sa coordination, ce sont 370 journalistes de 107 médias dans 70 pays, qui ont analysé ces fameux « papiers » avant des les publier.

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L’intérêt public et la recherche de vérité

Fondé en 1997 et basé à Washington, l’ICIJ est un organisme à but non lucratif, extention internationale de l’américain Center for Public Integrity. Il défend l’investigation, le « fouille-merde », une forme de journalisme qui a un coût et qui tend à disparaître en ces temps de crise de la presse. « L’investigation prend du temps, coûte de l’argent et n’aboutit pas toujours, explique son directeur Gerard Ryle dans un reportage vidéo du Monde. Nous sommes un faciliteur d’enquêtes, nous dénichons des histoires, nous les proposons aux médias et nous les aidons à les publier. » Son objectif est de faire collaborer des journalistes du monde entier pour dévoiler la corruption, les abus de pouvoir ou les manquements d’institutions publiques ou privées, et faire prévaloir l’intérêt public et la recherche de la vérité. On lui doit ainsi les scoops Offshore Leaks, Luxembourg Leaks et SwissLeaks.

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Des outils mis à disposition

Le Consortium compte 190 journalistes dans 60 pays, parmi lesquels cinq Français. Serge Michel, reporter au Monde, est l’un d’entre eux, et c’est par son intemédiaire que le quotitien du soir s’est retrouvé à travailler sur les « Panama Papers ». Mais la structure ne s’est pas limitée à fournir les millions de documents, elle a aussi mis à disposition, en quelques mois, trois outils performants pour les consulter. « Le premier est un moteur de recherche, qui, à la manière de Google, permet de naviguer par mots-clés dans les documents, explique Simon Piel, journaliste au Monde. Son adresse est intraçable, composée de chiffres et de lettres, et chaque mot de passe pour y accéder est individuel, avec l’impossibilité de l’enregistrer dans son navigateur. Il fallait donc le noter sur un bout de papier… et ne pas l’égarer. »

Le deuxième outil prend la forme d’un forum de discussion, avec différents fils de discussion où les journalistes peuvent partager leurs informations. Une « méta-rédaction », commente Simon Piel, qui s’est réunie une seule fois en vrai, fin 2015 à Munich, pour s’accorder sur le calendrier des embargos et des publications. Enfin, l’ICIJ a mis également à disposition des journalistes un outil de visualisation, qui pour chaque nom de société ou de bénéficiaire montre les liens, les connexions… la « big picture ».

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Mesures de précaution au Monde

A la rédaction du Monde, une salle est entièrement dédiée aux « Panama Papers », avec plusieurs mesures de précaution : un Wifi unique et sécurisé, des clés USB cryptées ou encore un outil de partage d’écriture type Google Docs créé pour l’occasion. « Une quinzaine de journalistes, de différents services, ont bossé sur le dossier, détaille Simon Piel, avec une dizaine à temps plein depuis les 7-8 derniers mois. La Française Cécile Schilis-Gallego, membre du Consortium et basée à Washington, est même venue passer plusieurs temps dans nos murs, pour travailler avec nous, nous familiariser avec les outils, nous aider dans nos enquêtes. » Les révélations du Monde continueront d’ailleurs dans les jours à venir.