Le président François Hollande à l'Elysée, à Paris, le 12 mars 2016.
Le président François Hollande à l'Elysée, à Paris, le 12 mars 2016. - DOMINIQUE FAGET AFP

Une date qui fâche. Nicolas Sarkozy a fustigé le choix de François Hollande de commémorer le 19 mars, date du cessez-le-feu de la guerre d’Algérie, dans une tribune publiée jeudi sur le site Internet du Figaro. « Pour qu’une commémoration soit commune, il faut que la date célébrée soit acceptée par tous. Or, chacun sait qu’il n’en est rien, le 19 mars reste au cœur d’un débat douloureux », écrit l’ancien chef de l’Etat. 20 Minutes revient sur la polémique.

Pourquoi le 19 mars ?

Le 19 mars est le jour anniversaire du cessez-le-feu en Algérie. Depuis la loi française du 6 décembre 2012, la journée a été institué journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc.

Pour la première fois, François Hollande va la commémorer. Le chef de l’Etat prononcera une allocution samedi pour tenter « le compromis » et instaurer « la paix des mémoires » samedi devant le mémorial érigé au quai Branly au pied de la Tour Eiffel. Dans son discours, le président devrait redire « l’injustice du système colonial » mais sans verser dans « le registre de la repentance », précise un conseiller.

Pourquoi cette date fait polémique ?

Le 19 mars est officiellement la date du cessez-le-feu décrété en Algérie au lendemain des accords d’Evian. Cette date ne fait pourtant pas l’unanimité. Elle est défendue par la gauche et certaines associations d’anciens combattants, mais rejetée par une partie de la droite, des anciens combattants et les descendants de harkis et de pieds-noirs. Pour ces derniers, le 19 mars ne marque pas la fin du conflit, mais le début du « massacre » de nombreux civils, « abandonnés » par l’Etat français.

« Pour nous, cette date ne marque pas la fin de la guerre, mais le début du génocide harkis avec des milliers de massacres », assure à 20 Minutes Hacène Arfi, président l’association Coordination Harka. Jusqu’à présent, aucun président n’avait reconnu le 19 mars. Contrairement à ses promesses sur la reconnaissance de l’abandon des harkis en Algérie, François Hollande fait ici un bras d’honneur à toute la communauté des harkis. »

Dans un texte transmis à l’AFP par le Centre de documentation historique sur l’Algérie (CDHA), un collectif d’historiens proteste contre le choix du 19 mars, puisqu’elle fut suivie d'« une période de massacres et de violences sans précédent ».

Que faisaient les anciens présidents français ?

Dans sa tribune, Nicolas Sarkozy note qu’en son temps l’ex-président socialiste François Mitterrand « refusa catégoriquement de reconnaître cette date pour commémorer la fin de la guerre d’Algérie », sachant qu’après les accords d’Evian, « la tragédie s’était poursuivie pendant des mois ».

Jacques Chirac avait lui choisi une date neutre, le 5 décembre 2002, pour inaugurer un monument célébrant la mémoire des victimes de la guerre d’Algérie mais aussi celles des combats en Tunisie et au Maroc.

Quelles sont les réactions politiques ?

Une partie de la droite a suivi l’attaque de Nicolas Sarkozy. Le maire Les Républicains de Nice Christian Estrosi a dénoncé « une provocation à l’encontre de l’ensemble de la communauté rapatriée et des harkis », prévenant qu'« aucune cérémonie » ne serait organisée dans sa ville samedi. Pour l’ancien président de l’Assemblée Bernard Accoyer (LR), François Hollande « commet une erreur et une faute contre la cohésion nationale ». Marine Le Pen, présidente du FN, a pour sa part accusé le chef de l’Etat de « violer la mémoire » des anciens combattants et harkis.

« Je ne comprends pas qu’un ancien président de la République puisse pour des raisons politiciennes, peut-être de campagne électorale dans le cadre d’une primaire, raviver la guerre des mémoires », a déploré pour sa part le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini.

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