Myriam El Khomri en visite à Solvay, en février 2016.
Myriam El Khomri en visite à Solvay, en février 2016. - KAMIL ZIHNIOGLU/SIPA

Les prochains jours seront intenses pour Myriam El Khomri. Sa réforme du travail entre dans une phase décisive. La ministre a commencé les concertations syndicales lundi en compagnie de Manuel Valls alors qu' une journée de grève et de manifestation est prévue ce mercredi. A 38 ans, Myriam El Khomri se retrouve en pleine tempête. L’occasion de revenir sur son parcours.

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Génération « chômage »

Pour défendre son projet, la ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, puise dans son passé. Née en 1978 à Rabat (Maroc), Myriam El Khomri est la fille d’une professeure d’anglais bretonne et d’un responsable de reprographie marocain. La « fille de commerçant » y a vu les difficultés des petites entreprises. « Qu’elle soit réelle ou ressentie, cette réticence [à embaucher] existe, il faut l’entendre. Ma loi ne vise pas à faciliter le licenciement, elle vise à faciliter l’embauche en CDI en donnant de la prévisibilité et de la clarté à ces chefs d’entreprise », déclare-t-elle dans les Dernières nouvelles d’Alsace.

Après quelques années au Maroc, elle grandit dans les Deux-Sèvres, puis à Bordeaux (Gironde). La diplômée en droit public se rêve en comédienne et enchaîne les petits boulots dans la vente ou la banque. « Je suis d’une génération où, en 5e, on nous parlait déjà du chômage… Je n’ai pas connu les Trente Glorieuses », poursuit-elle, justifiant sa volonté de réformer le Code du travail pour « lutter contre l’immobilisme ».

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Armes à la mairie de Paris

A 20 ans, elle abandonne les planches pour les cabinets et décoche un stage dans l’équipe de Claude Bartolone, alors ministre délégué à la Ville. Elle devient en 2001 le bras droit d’Annick Lepetit, maire du 18e arrondissement. « Myriam est une personne chaleureuse, généreuse, valeureuse. Toujours pleine d’idées et d’envie », se souvient l’élue socialiste.

La jeune femme fait ses armes à la mairie de Paris, auprès de Bertrand Delanoë, puis d’Anne Hidalgo, qui la nomme porte-parole lors de sa campagne en 2014. « Je lui ai tout pris : son bon sens, sa façon de mettre les mains dans le cambouis et son obstination à bosser, bosser, bosser », confiait Myriam El Khomri en octobre 2014 à Libération.

Ministre très active

En août 2014, son téléphone sonne. L’élue de Paris est nommée secrétaire d’Etat à la politique de la Ville par François Hollande. « Un sujet… important… il va falloir beaucoup travailler », lui glisse le chef de l’Etat. Myriam El Khomri multiplie les déplacements ; une centaine en moins d’un an. « Elle retrouvait des sujets qu’elle connaissait bien au niveau parisien. Ça lui plaisait beaucoup, elle serait d’ailleurs bien restée à ce poste-là… », confie Annick Lepetit.

Mais en septembre, nouveau coup de téléphone. François Hollande la choisit pour remplacerle démissionnaire François Rebsamen. La nouvelle ministre du Travail hérite d’un projet de loi à son nom. Et d’un boulet : faire baisser la courbe du chômage.

Les critiques fusent

La ministre est acculée dès sa prise de poste. Ses errements sur le CDD, ou les malaises ont offert un angle d’attaque à ses adversaires. Les critiques fusent même au sein d’anciens proches. « Soit elle a été convertie au libéralisme échevelé par Pierre Gattaz [le président du Médef], soit par ambition, elle s’est assise sur ses convictions », lâche le communiste Ian Brossat, élu du 18e arrondissement de Paris. « Je vous mentirais si je vous disais que je n’étais pas humainement, personnellement et politiquement déçu que Myriam porte cette loi. Je ne crois pas d’ailleurs qu’elle en soit grandement à son origine, pas même de sa rédaction », abonde sur LCI Bruno Julliard, adjoint d’Anne Hidalgo, qui se présente comme un « ami ».

La ministre aura-t-elle le cuir assez tanné ? « La pression est énorme. L’interview dans Les Echos a mis le feu aux poudres, mais elle va maintenant pouvoir s’expliquer sur le fond du texte et les mesures qui font grincer des dents », assure Annick Lepetit. « Elle n’a pas encore eu l’occasion de s’expliquer sur la philosophie du texte. C’est enfin son moment. A elle de jouer et de reprendre la main ».

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