Le prince Mohammed bin Nayef et François Hollande à l'Elysée, le 4 mars 2016.
Le prince Mohammed bin Nayef et François Hollande à l'Elysée, le 4 mars 2016. - SIPA

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. François Hollande a décerné la légion d’honneur vendredi au prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Nayef, également ministre de l’Intérieur, a indiqué la présidence de la République dimanche. 20 Minutes revient sur les tenants et aboutissants de cette polémique.

1) François Hollande a joué la carte de la discrétion, mais c’est raté

La visite de Mohammed ben Nayef, inscrite à l’agenda présidentiel, n’avait fait l’objet d’aucune communication de l’Elysée vendredi. Ni le compte twitter du président, ni celui de l’Elysée n’en faisait part. En revanche, l’Agence de presse saoudienne SPA a rendu compte de cette visite, signalant qu’elle avait été l’occasion de cette décoration. Une information vite reprise par l’AFP ensuite. Des photos de la rencontre ont cependant été publiées sur le site de la présidence de la République, mais sous le titre sibyllin « entretien avec le prince Mohammed ben Nayef ».

Cette remise en catimini de la décoration prouve la gêne du président, même si son entourage a tenté de justifier cette décision, en déclarant que le prince héritier avait reçu cette décoration « au titre de personnalité étrangère, une pratique protocolaire courante ». Le président de la République avait lui-même été « décoré de l’ordre suprême du Royaume » lors d’une de ses visites en Arabie saoudite, a-t-on rappelé de même source.

Cette décoration sonne plutôt comme une tentative pour la France d’entretenir de bonnes relations avec l’Arabie saoudite, allié important en Syrie dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) et avec lequel elle a conclu d’importants contrats d’armement. Au mépris de certains de ses valeurs…

2) La classe politique crie au scandale

Cette décoration a suscité de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, alors que depuis le début de l’année, le régime saoudien a procédé à 70 exécutions, la dernière ayant eu lieu ce dimanche avec la décapitation d’un Saoudien condamné à mort pour meurtre.

 

 

En 2015, 153 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite, selon un décompte de l’AFP basé sur des chiffres officiels, un niveau inégalé depuis 20 ans dans ce royaume ultra-conservateur régi par une interprétation rigoriste de la loi islamique. Les autorités invoquent la dissuasion pour justifier la peine de mort dans des affaires de terrorisme, de meurtre, viol, vol à main armée et trafic de drogue.

Si l’extrême droite a été la première à réagir, le député socialiste de Haute-Garonne, Gérard Bapt, a lui aussi déclaré dans un communiqué que « le réalisme politico-commercial ne devrait pas conduire à des postures morales à deux vitesses ».

Les humoristes tels que Sophia Aram ou Didier Porte ont aussi ironisé sur cette décoration.

3) Le gouvernement tente de faire front commun

Invité sur France Inter, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault est revenu sur la polémique, en justifiant le choix du président. « Il y a parfois des traditions diplomatiques qui peuvent étonner, il faut le prendre comme tel », a-t-il déclaré. « Mais je crois que nous discutons avec ce pays, l’Arabie saoudite, j’ai rencontré mon homologue ministre des Affaires étrangères à deux reprises déjà, et de quoi nous discutons ? Nous discutons de la paix en Syrie. Et la paix en Syrie, l’Arabie saoudite a un rôle à jouer. Et d’ailleurs, concernant la reprise des négociations, c’est sa position : c’est d’encourager la reprise des négociations si le cessez-le-feu est totalement respecté, que l’aide humanitaire arrive et c’est les encouragements qu’elle donne à l’opposition », a-t-il ajouté. Des explications alambiquées qui n’ont pas dû convaincre grand monde.

Arabie Saoudite : rapport annuel d'Amnesty International publié par Fil_actu

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