Valls vs Macron: La guerre d'ego en cinq batailles

GOUVERNEMENT Alors que se multiplient les rumeurs de départ de l'un des deux du gouvernement, «20 Minutes» revient sur les clashs qui les ont opposés ces derniers mois...

N.Beu.

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Manuel Valls et Emmanuel Macron à Matignon, le 8 février 2016.

Manuel Valls et Emmanuel Macron à Matignon, le 8 février 2016. — CHAMUSSY/SIPA

« Il n’y a aucun problème avec Emmanuel Macron. » La mise au point, signée Manuel Valls sur RTL, date du 23 février. Mais à l’évidence, il en faudra plus pour mettre un terme aux bruits de couloir qui font état de véritables frictions entre le Premier ministre et son ministre de l’Economie. Valls sur le départ ?  Macron qui songe à claquer la porte ? Les deux hypothèses circulent. Une chose est sûre en tout cas, selon les habitués des cercles politiques : les deux hommes se détestent et ne cessent de se tirer dans les pattes. Parfois en public. La preuve en cinq exemples.

Février 2016 : Sur la déchéance de nationalité

Le débat est déjà tendu, lorsqu’Emmanuel Macron confie son malaise le 10 février, devant la Fondation France-Israël. « J’ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la place prise par ce débat, parce que je pense qu’on ne traite pas le mal en l’expulsant de la communauté nationale. […] Déchoir de la nationalité est une solution dans un certain cas mais la responsabilité des gouvernants c’est de prévenir et de punir implacablement le mal et les actes terroristes », déclare le locataire de Bercy, selon des propos cités par Le Figaro. Manuel Valls le recadre dans la soirée : « Le texte a été adopté en Conseil des ministres, a lâché le premier d’entre eux. Emmnanuel Macron le soutient. Il ne peut pas en être autrement. »

Décembre 2015 : Sur le Régime social des indépendants

Le 8 décembre, le ministre de l’Economie s’exprime devant les Chambres de métiers de l’artisanat. « Nous avons besoin des charges, des cotisations pour se couvrir de risques mais l’idée d’avoir un régime propre pour les indépendants ne me paraît pas être une bonne idée », déclare-t-il. Puis, au sujet des mesures annoncées par le gouvernement quelques mois plus tôt : « Toutes ces réformes, c’est de l’aménagement d’un régime en place. Est-il optimal ? Je vous livre ma conviction, je pense que non. » Le lendemain, Manuels Valls martèle qu’il n’est pas question d’intégrer le RSI au régime général de la Sécurité sociale. Et alors qu’on lui rappelle les objections de son ministre, il assène: «C'est moi le chef du gouvernement.»

Décembre 2015 : Sur les causes du djihadisme

Le 21 novembre, Macron explique lors de l'université du groupe social-démocrate « Les Gracques » que la société française a une « part de responsabilité » dans le « terreau » du djihadisme. « Nous avons une part de responsabilité, parce que ce totalitarisme se nourrit de la défiance que nous avons laissée s'installer dans la société », analyse-t-il. Une sortie peu au goût du Premier ministre. Sans le nommer, Manuel Valls lui répond quatre jours plus tard lors de la séance de questions à l'Assemblée : « Aucune excuse ne doit être cherchée : sociale, sociologique ou culturelle. [...]  Tout a été fait par mon gouvernement et tout continuera à être fait par rapport à une menace. » Puis, le lendemain, lors de la séance de questions au Sénat, encore plus vindicatif : « J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications sociologiques ou culturelles à ce qui s’est passé. »

Septembre 2015 : Sur une candidature aux législatives

Le 27 septembre, Emmanuel Macron, qui participe au festival Le Monde, est interrogé sur une éventuelle candidature en 2017. Le ministre répond avec un poil d'arrogance : « Je n’ai jamais voulu être candidat, aujourd’hui je n’ai pas envie d’être député en 2017. […] Ça, c’est le cursus d’un ancien temps. » Deux jours plus tard, Manuel Valls est interrogé sur ces propos lors d’un déplacement en Avignon et recadre une nouvelle fois son collègue : « Ce que je sais, c’est que l’expérience d’élu de terrain est irremplaçable. » Puis, le même jour, sur Public Sénat : « Ce que je demande c’est chacun reste à sa place, que chacun soit à sa place au gouvernement, travaille sur ses dossiers et participe de la cohésion et de la cohérence que je viens d’expliquer. »

Août 2015 : Sur les 35 heures

Le 27 août, Emmanuel Macron est invité de l'université du Medef. Le ministre lâche : « La gauche a cru que la France pouvait aller mieux en travaillant moins, c'était des fausses idées. » Lors d'une visite à Châlons-en-Champagne, Manuels Valls lui répond sèchement : « Les vrais sujets sont l'emploi et la croissance. Les petites phrases font mal à la vie publique. » Avant d'arrondir les angles : « Je ne parlais pas des 35 heures mais du rapport au travail. Il en faut plus, pas moins. C'est le plus beau combat de la gauche, car le travail, c'est le moteur de l'émancipation individuelle. » Trop tard.