Les socialistes Martine Aubry et Manuel Valls, le 18 mars 2015 à Lille.
Les socialistes Martine Aubry et Manuel Valls, le 18 mars 2015 à Lille. - Sarah ALCALAY/SIPA

Nouvelle crise au sein de la majorité socialiste. Le Parti socialiste apparaît profondément divisé après la publication d’une tribune de Martine Aubry et de 17 personnalités de gauche, mercredi dans «Le Monde». La maire de Lille fustige la politique menée par le couple François Hollande-Manuel Valls depuis deux ans, qui ferait courir le risque d’un « affaiblissement durable de la France ». A quatorze mois de la présidentielle, pourquoi cette tribune signe-t-elle une charge sans précédent pour l’exécutif ? Eléments de réponses avec le politologue Eddy Fougier, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques ( Iris).

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Un nouveau coup dur en fin de quinquennat

Si la réprobation de Martine Aubry et de ses soutiens n’est pas nouvelle, l’attaque semble, elle, plus violente que les précédentes. « L’exécutif est déjà mal en point, et il y a un vrai malaise à gauche après cette tribune », commente Eddy Fougier. Avant de souligner une situation apparemment insoluble à gauche. « Si Martine Aubry critique la politique menée par l’exécutif, elle reste dans la posture, elle n’a pas de programme. C’est un problème, car aujourd’hui, il n’y a pas de sauveur à gauche. Ni de plan B », ajoute le politologue.

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L’obligation d’« aller dans le tas » pour Manuel Valls

Virage social-libéral, nomination d’Emmanuel Macron à Bercy, loi sur la déchéance de la nationalité, réforme du travail de la ministre El Khomri… La coupe est pleine, n’en jetez plus pour les aubrystes. « Il y a une accélération des réformes qui choquent l’ADN de la gauche. Mais  Manuel Valls ne veut plus s’encombrer avec la communication. Il va aller dans le tas et jouer son va-tout avec ces réformes économiques, », commente Eddy Fougier. Un pari risqué, tant la situation économique et politique est sensible. Mais un pari qui pourrait rapporter gros : avec un François Hollande empêché de se présenter à l’élection présidentielle, une gauche contestataire sans programme ni chef de file, Manuel Valls apparaîtrait comme un recours.

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Un risque de marginalisation

Derrière les coups de menton, l’affrontement Manuel Valls-Martine Aubry met en lumière deux visions du socialisme. Une ligne sociale-libérale prônée par Manuel Valls, quand la maire de Lille adopte une ligne sociale-démocrate classique. En schématisant, Manuel Valls estime que l’Etat doit peu intervenir face aux marchés, sauf dans certains domaines comme l’éducation ou la lutte contre la pauvreté, quand Martine Aubry est plus interventionniste. « Ces deux visions de la gauche n’ont jamais été aussi divisées que depuis le congrès d’Epinay en 1971 [date à laquelle la famille socialiste s’est unie dans le PS] », commente Eddy Fougier, qui ajoute : « Ces tensions vont se multiplier dans la perspective de la présidentielle. Elles conduiront à une explosion si la présidentielle de 2017 se solde par un échec de la gauche au premier tour ». La répétition du 21 avril 2002, où la droite et l’extrême droite s’étaient qualifiées pour le second tour de la présidentielle, constituerait pour le PS le pire des scénarios : celui de la marginalisation.

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