Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, le 21 janvier 2016 à Davos, au  Forum économique mondial.
Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, le 21 janvier 2016 à Davos, au Forum économique mondial. - Michel Euler/AP/SIPA

Laurent Fabius va quitter dans quelques semaines les ors du ministère des Affaires étrangères pour la présidence du Conseil constitutionnel. Le chef de l’Etat l’a désigné mercredi à la succession de Jean-Louis Debré, après des semaines de rumeurs. Quel est le bilan de Laurent Fabius, après quatre ans au Quai d’Orsay ? 20 Minutes fait le point avec Pascal Boniface, fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques…

Un ministre « dans le haut du panier »

Laurent Fabius sera-t-il rapidement oublié, ou fera-t-il partie de ces figures, à l’image de Dominique de Villepin à l’ONU contre la guerre en Irak, le 14 février 2003 ? Selon Pascal Boniface, « Laurent Fabius se place dans la catégorie d’un Alain Juppé ou Hubert Védrine. Il fait partie du haut du panier. » Quant au caractère de Laurent Fabius, réputé cassant, « si les diplomates n’ont pas d’affection pour lui, ils le respectent », précise le géopolitologue.

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L'« impulsion » de la COP 21

Devant des journalistes, mercredi au Quai d’Orsay, Laurent Fabius a listé deux « grands succès » : la COP 21 et l’accord sur le nucléaire iranien. Son engagement pour la Conférence de Paris de 2015 sur le climat (COP 21) a été salué en décembre 2015. « Laurent Fabius a donné une impulsion. Et parvenir à un accord avec les Etats-Unis ou la Chine était loin d’être acquis », souligne le géopolitologue Pascal Boniface, qui nuance cependant : « Ces deux pays ont signé l’accord pour des raisons de politique intérieure ». Au Conseil constitutionnel, Laurent Fabius continuera à travailler sur le climat : il reste président de la COP 21 jusqu’à la fin 2016, avant de passer le relais au Maroc.

« Pari gagné » sur le nucléaire iranien

Le deuxième « succès » dont s’est félicité Laurent Fabius est l’accord sur le nucléaire iranien, conclu en juillet 2015 à Vienne. Celui-ci garantit que le programme nucléaire iranien ne peut avoir de débouchés militaires, en échange d’une levée des sanctions internationales sur le pays. Pour Pascal Boniface, le « pari audacieux, qui était périlleux, a été gagné. »

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Une « précipitation » sur le dossier syrien

La gestion française du dossier n’a pas brillé par sa capacité à résoudre la guerre déclenchée en 2011, à la suite du Printemps arabe. Laurent Fabius jugeait que le régime du président Bachar al-Assad allait s’effondrer rapidement… avant de changer de discours officiels plusieurs fois. « Laurent Fabius a fait un pari et il n’a pas réussi. Cela ne doit pas faire oublier que la France a été lâchée plusieurs fois sur ce dossier. Il est plus juste d’évoquer un échec collectif de la communauté internationale », juge le géopolitologue, qui évoque une « précipitation » de la diplomatie française.

Du changement au ministère

Par ailleurs, Laurent Fabius a réussi à élargir le périmètre des Affaires étrangères, en intégrant le Commerce extérieur et le Tourisme. « Laurent Fabius a nommé [en janvier 2014] un ambassadeur au sport, quand jusqu’ici, la France n’avait pas conçu de diplomatie sportive », rappelle Pascal Boniface. « Le sport, le commerce extérieur, le tourisme… Le Quai d’Orsay a eu la volonté d’élargir à 360 degrés le champ de la diplomatie, en intégrant la diplomatie économique », ajoute-t-il. Cette réforme s’est accompagnée d’une féminisation bienvenue du corps diplomatique. Cependant, le budget du ministère a continué à baisser pendant quatre ans, alors que ceux du ministère de la Défense ont été augmentés. Ce ministère a d’ailleurs supplanté le Quai d’Orsay en Afrique, où l’armée française est présente dans la bande sahélo-saharienne (opération « Barkhane ») et en République centrafricaine (« Sangaris »).

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