Cécile Duflot le 5 février  2016 à l'Assemblée nationale à Paris
Cécile Duflot le 5 février 2016 à l'Assemblée nationale à Paris - LIONEL BONAVENTURE AFP

«Le dernier régime à avoir massivement utilisé (la déchéance de nationalité) fut le régime de Vichy». Cette phrase lâchée vendredi matin à la tribune de l'Assemblée nationale par Cécile Duflot face à Manuel Valls pour critiquer la révision constitutionnelle de l'exécutif n'est pas passée.

«Vichy, ce n'est pas la République. C'est une part de la France, et je rappelle mes mots, mais ce n'est pas la République. Ce n'est pas la République!» a lancé le Premier ministre dans sa réponse à la motion de rejet de la réforme présentée par l'élue EELV de Paris, soutenue par une partie des écologistes et par les députés du Front de gauche, qui a été repoussée par 120 voix contre 23.

Déchéance de nationalité: Que prévoit le texte examiné aujourd'hui à l'Assemblée?

«Et puisque vous-même, et vous avez parfaitement raison, vous disiez qu'il fallait sortir des quolibets, des approximations, des caricatures, je vous demande seulement, dans le rappel qui est fait de cette période sombre, de ne pas associer la démarche et la volonté du gouvernement et de quiconque dans cette Assemblée avec cette période que chacun d'entre nous ne peut pas supporter», a poursuivi Manuel Valls, sous les applaudissements.

«Il s'agit ici, de rappeler un traumatisme»

Cécile Duflot, dans sa critique du texte gouvernemental, a rappelé que la déchéance de nationalité figurait certes dans la majorité des constitutions de la première République née après la Révolution de 1789. Mais «c'est oublier que le dernier régime à l'avoir massivement utilisée fut le régime de Vichy», a fait valoir la dirigeante écologiste, déclenchant des huées chez les socialistes notamment. «Il ne s'agit pas ici de faire des parallèles hasardeux. Que cela vous plaise ou non, il s'agit ici, de rappeler un traumatisme», a-t-elle plaidé.

Sous Vichy, Juifs, homosexuels, sympathisants communistes ou socialistes ont été visés par une campagne de déchéance de nationalité française, de façon discrétionnaire, selon des historiens interrogés par l'AFP. Au final, 15.000 individus perdront leurs papiers français, dont 40% de juifs, qui seront rendus encore plus vulnérables face à la «Solution finale».

Cécile Duflot a également affirmé qu'«à la Libération, ceux qui ont reconstruit notre pays n'ont voulu que la création d'un crime d'indignité nationale, et d'une peine associée, préférée à la déchéance. C'est la vérité historique». Or, 523 déchéances de nationalité, pour l'essentiel des collaborateurs binationaux, ont été prononcées entre 1945 et 1967, selon des historiens consultés par l'AFP dans le cadre du débat sur la mesure controversée.

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