Le 8 décembre 2011 à Marseille, l'ex-président français Nicolas Sarkozy (g) et le président de l'UMP Jean-Francois Copé
Le 8 décembre 2011 à Marseille, l'ex-président français Nicolas Sarkozy (g) et le président de l'UMP Jean-Francois Copé - Gerard Julien AFP

« Mea culpa ». La repentance est à la mode dans le discours politique. En quelques jours, Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé ont entonné un air de contrition. « Ce n’est pas du tout un mea culpa. C’est beaucoup plus important que ça. C’est un retour d’expérience », tente de justifier le patron des Républicains au JDD. Pourtant, dans La France pour la vie, l’ancien président multiplie les « regrets » et égrène les erreurs commises pendant son mandat (avoir « retardé les réformes », le « casse-toi pauvre con » ou les vacances sur le yacht de Bolloré).

Même repentir pour Jean-François Copé dans Le sursaut français. J’étais « devenu la caricature de moi-même […] omniprésent, avec un style qui forcément agace, à répéter les mêmes formules, les mêmes phrases, les mêmes tics », confesse-t-il ainsi, sur le divan de Marc-Olivier Fogiel.

« Les hommes politiques espèrent établir un lien avec l’opinion »

« Depuis quelques années, le mea culpa s’est imposé dans le discours. Les hommes politiques espèrent établir un lien avec l’opinion en reconnaissant leurs erreurs et leurs faiblesses », assure Christian Delporte, historien spécialiste de la communication politique. « Ce type de communication répond à une demande de transparence de la part du public. Elle est plutôt récente et est apprue à mesure que le fossé s’est creusé avec l’électorat », poursuit l’auteur de Come back!: ou l’art de revenir en politique.

Quelques mois plus tôt, François Hollande faisait lui aussi son mea culpa sur la suppression de la hausse de la TVA, quand Alain Juppé regrettait les grèves de 1995. Tous semblent devoir passer par le confessionnal médiatique. Pour quel résultat ?

« Les Français n’ont pas vraiment cette culture de l’aveu, qui est plus présente dans la culture protestante » des pays anglo-saxons, assure Patrick Charaudeau, professeur émérite en sciences du langage. « Le résultat n’est finalement pas très intéressant, car celui qui adopte la position du sage en restant dans le jeu électoral se heurte à la défiance du public », développe le chercheur au Laboratoire de communication et politique du CNRS.

« Avouer des erreurs politiques est beaucoup plus risqué »

« Dans la plupart des mea culpa, on reconnaît des erreurs de comportement. Avouer des erreurs politiques est beaucoup plus risqué, c’est une manière de dire qu’on était aveugle ou incompétent », poursuit Christian Delporte. « Au fond, l’opinion se moque un peu des questions psychologiques. Ce qui est important, c’est la séquence qui suit. L’important n’est pas de dire "je me suis trompé, je suis un nouvel homme", mais de le montrer ».

Ces confessions peuvent s’avérer risquées, car elles offrent un angle d’attaque aux adversaires. « Le mea culpa peut s’avérer contre productif et être interprété comme un aveu de faiblesse. Souvenons de Jospin en 2002 », rappelle Christian Delporte. Sur le plateau de TF1, le Premier ministre de l’époque reconnaît avoir « péché par naïveté » sur la question de l’insécurité.

Jacques Chirac saisit le bâton tendu. « La naïveté n’est pas une excuse. En l’occurrence, c’est une faute ». Jean-Christophe Cambadélis a bien retenu la leçon, et l’applique, pour mieux tacler Nicolas Sarkozy. « On finit par se dire, avec tant de mea culpa, qu’on a bien fait de ne pas l’élire, qu’on a bien fait de ne pas faire en sorte qu’il se succède à lui-même ».

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