Le président du parti LR Nicolas Sakozy, le 22 janvier 2016 à l'Elysée à Paris.
Le président du parti LR Nicolas Sakozy, le 22 janvier 2016 à l'Elysée à Paris. - Christophe Ena/AP/SIPA

Amateur de lecture politique, vous aurez le choix en ce début d’année entre les ouvrages d’Alain Juppé, François Fillon, Jean-François Copé… ou de Nicolas Sarkozy. Le président du parti Les Républicains sort lundi son livre programme, dont des extraits sont publiés ce vendredi par Le Figaro. La France pour la vie évoque, à la première personne, des « erreurs », mais aussi des propositions socio-économiques ciblant les 35 heures, le « bouclier fiscal », ou encore l’Europe.

Etape obligatoire à moins d’un an de la primaire à droite, et dix-huit mois de la présidentielle 2017, ce livre doit permettre à l’ancien chef de l’Etat d’organiser ses propositions, convaincre les lecteurs et se faire entendre. Sur ce dernier point, Nicolas Sarkozy gagne des points sur ces concurrents, car l’ouvrage bénéficie d’un tirage initial de 120.000 exemplaires, assure-t-on chez son éditeur Plon.

Mea culpa ou fausses confidences ?

« Parmi tous les livres qui ont été publiés, celui-ci m’apparaît le meilleur. Nicolas Sarkozy n’a rien oublié des erreurs qui ont marqué l’opinion, comme la soirée au Fouquet’s. Il se distingue aussi par un ton qui change de la langue de bois », commente le politologue Thomas Guénolé.

Ce mea culpa est cependant fortement nuancé par Patrick Charaudeau, professeur émérite en sciences du langage. « Ce livre compile des fausses confidences, car l’auteur ne tire aucun bilan de son action politique passée, mais fait semblant de reconnaître des erreurs de comportement », explique le chercheur au Laboratoire de communication et politique du CNRS. « Le résultat n’est finalement pas très intéressant, car celui qui adopte la position du sage tout en restant dans le jeu électoral se heurte à la défiance du lecteur. »

Communication rondement menée

Que l’ouvrage trouve ou non ses lecteurs, la communication entourant La France pour la vie est rondement menée. « Entre les bonnes feuilles publiées ici, une interview par là, la publication du livre, les analyses des uns et des autres, on va en parler pendant au moins une semaine, au contraire des ouvrages d’Alain Juppé ou François Fillon », prophétise Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique et Opinion chez Harris Interactive. « Et si la capacité de Nicolas Sarkozy à surprendre lui est reconnue, la donne qui est aujourd’hui la sienne peut être modifiée », ajoute le sondeur.

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La situation reste toutefois aujourd’hui compliquée pour Nicolas Sarkozy : incapacité à faire reconnaître son « changement », résultats des régionales en demi-teinte, désaffection sanctionnée par des sondages, attitude du « tout sauf Sarko » parmi des responsables à droite… «Les emmerdes volent toujours en escadrille», comme disait Jacques Chirac.  Le tableau est pourtant loin d’être tout noir, prévient Thomas Guénolé. « Gare aux pronostics d’un Nicolas Sarkozy à terre. La campagne [pour la primaire] entre seulement dans le vif du sujet et il y a une disponibilité médiatique d’un retournement en sa faveur », prévient-il.

Opération rebond

Reconquérir les sympathisants de droite ne semble cependant pas chose facile. « Les dernières enquêtes révèlent que Nicolas Sarkozy, qui tenait bien dans le cœur de son électorat, décroche parmi les sympathisants », rappelle Jean-Daniel Lévy. « C’est pour lui dangereux, car la primaire à droite s’annonce ouverte, et non pas réduite aux seuls militants, en majorité sarkozystes », précise-t-il. En effet, plus l’élection interne de novembre 2016 est ouverte, moins elle semble favorable à l’ancien chef de l’Etat.

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Pour que Nicolas Sarkozy rebondisse, le politologue Thomas Guénolé envisage trois hypothèses : « Le livre est reconnu et le remet en selle, retournant le consensus médiatique autour de son enterrement politique. » Deuxième option, liée au grand rival Alain Juppé : « Ce dernier trébuche à cause d’une erreur et le ramène à son image, très dure, du Juppé 1995, ce qui fait remonter mécaniquement Sarkozy. » Enfin, le politologue pronostique « un nouveau livre audacieux sans être fou, publié en juin, qui réussisse à rallier comme en 2007 les différentes droites. » Un ouvrage relançant la dynamique, quinze ans après la sortie de Libre, le livre qui avait propulsé la carrière de Nicolas Sarkozy dans la décennie des années 2000.

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