François Mitterrand en 1988 et François Hollande en 2012.
François Mitterrand en 1988 et François Hollande en 2012. - GERARD MALIE / AFP

Les mêmes envolées lyriques, la main en l’air, à la tribune. Lors de la campagne présidentielle de 2012, François Hollande a multiplié les références et les clins d’œil à François Mitterrand, allant jusqu’à imiter sa gestuelle. A l’occasion des 20 ans de la mort de ce dernier, vendredi, 20 Minutes ont interrogé des proches de l’ancien président. Quelle analogie entre les deux François ?

21 mai 1981/7 mai 2012. - STF, JEAN-PHILIPPE KSIAZEK/AFP

 

« Ils sont impénétrables »

« Une chose est sûre : François Hollande connaît par cœur le déroulé des deux septennats », assure Laure Adler. « Mitterrand est pour lui un modèle, mais ça ne veut pas dire qu’il l’imite. Je crois qu’avec "sa normalité", il a même rompu avec l’idée mitterrandienne que le président est un monarque républicain », poursuit l’ancienne conseillère. Une similitude relevée, toutefois : « Le calme intérieur, la distance face aux événements, avec dans les discours, ce souci d’incarner le père de la Nation ».

« Hollande a mis un peu plus de temps pour se hisser à la dimension du poste. L’Histoire l’a en quelque sorte rattrapé », précise Serge Moati. « Mitterrand, dès les années 1970, tout le monde l’appelait déjà "président". Lorsqu’il arrive au congrès d’Epinay, il n’est pas socialiste mais devient quand même le chef du parti. Un militant lui demande alors "Camarade est-ce que je peux te tutoyer ?", "Comme vous voulez, monsieur", C’était ça, Mitterrand », s’amuse-t-il. L’ancien conseiller audiovisuel estime aussi que les deux hommes sont « impénétrables, et ont un côté singulier en n’étant pas réductibles à une simple idée politique ».

« Hollande, un personnage moins complexe »

« Je ne vois rien de comparable », regrette Marie-Noëlle Lienemann. « Contrairement à Hollande, François Mitterrand a su rassembler toutes les forces de gauche lorsqu’il est arrivé au pouvoir, notamment les communistes. L’ancienne ministre poursuit: « Sur le contenu, Mitterrand a réussi à faire passer des avancées concrètes en termes de libertés publiques. Hollande arrive à bientôt à la fin, et rien n’a été fait ».

Et le caractère ? « Hollande est un personnage moins complexe dans sa construction personnelle et n’a pas le même rapport à la culture. Avec Mitterrand, on était toujours bluffé et embarqué dans son rapport aux livres et à l’histoire ».

« Même si on a pu noter un mimétisme, ils ne sont pas de la même catégorie, et n’ont pas la même culture historique. Mitterrand avait connu la guerre. On le juge aussi sur 14 années de pouvoir, il a connu deux cohabitations, la chute du mur de Berlin… », relève Paul Quilès, plusieurs fois ministres sous Mitterrand. « On peut lui reprocher des choses, mais lui avait fixé des objectifs, et s’était forcé de les atteindre. Son premier gouvernement était de gauche alors que Hollande s’est immédiatement coupé d’une partie de son électorat, en ne renégociant pas le traité européen comme il l’avait promis ».

« Mitterrand était plus imprenable, plus froid »

L’ancien secrétaire général de la présidence de la République Jean-Louis Bianco relève des points communs. « Ils gardent une part de mystère et de secret dans leur exercice du pouvoir. Mitterrand renvoyait les notes de ses collaborateurs avec la mention « vu ». Cela ressemble au « oui, oui » que reçoivent les visiteurs de Hollande. Dans les deux cas, ce serait une grande erreur de croire que cela vaut pour un accord ».

L’ex-ministre nuance. « Hollande a un vrai goût pour l’économie, contrairement à Mitterrand. Il manie plus l’humour, il est plus rond, convivial. Mitterrand était plus imprenable, plus froid, même s’il s’intéressait beaucoup aux gens. Les deux hommes ont de commun, le souci de l’unité nationale ». En 1988, François Mitterrand faisait campagne avec « La France unie ». Un slogan, que pourrait emprunter l’autre François en 2017.

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