Alain Juppé, lors d'une conférence de presse.
Alain Juppé, lors d'une conférence de presse. - UGO AMEZ/SIPA

Alain Juppé est en campagne. Le candidat de la primaire à droite est sur le devant de la scène médiatique en ce début d’année. Un livre, Pour un Etat fort, et des propositions qui dessinent les bases d’un futur programme. Après ses annonces sur l’école en septembre, Alain Juppé expose cette fois ses idées sur la sécurité, la justice et l’immigration, sans « laxisme ». « Je ne vis pas au pays des Bisounours », confie l’intéressé au Journal du dimanche.

Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon, lors de l’université d’été des Pays de la Loire du parti Les Républicains à La Baule, le 5 septembre 2015 - JEAN-SEBASTIEN EVRARD AFP

« Le contexte appelle à une droitisation »

Rétablissement des peines plancher, durcissement des conditions du regroupement familial, révision de l’aide médicale d’Etat, renégociation des accords de Schengen, création d’un « délit d’entrave à la laïcité »… Celui qui véhiculait l’image d’un modéré chez Les Républicains semble avoir durci son discours.

« Le contexte appelle à une droitisation. On le voit dans les enquêtes, il y a chez les Français, une demande d’autorité, d’ordre, de sécurité. Et davantage de vigilance par rapport à l’immigration », explique Eddy Fougier, politologue à l’IRIS. « Les hommes politiques doivent s’adapter à la situation. Cela se ressent aussi dans les discours plus fermes de François Hollande ou Manuel Valls. La polémique autour du discours de Grenoble prononcé par Nicolas Sarkozy en 2010 semble bien loin », précise-t-il.

« La primaire se jouera très à droite »

Pour Alain Juppé, la primaire approche à grands pas. Il ne faudrait pas se laisser distancer sur la droite par ses adversaires, Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire notamment. « Cette primaire pour la droite sera une première historique sous la Ve République. Elle va intéresser et mobiliser quatre à cinq millions d’électeurs. La primaire se jouera avec le noyau dur de l’électorat de droite », résume Eric Ciotti. Le député LR des Alpes-Maritimes reconnaît qu’Alain Juppé garde une image « bonne à droite comme à gauche », mais il estime que « la primaire se jouera très à droite ».

« Il doit d’abord séduire un noyau dur de militants et de sympathisants qui sont plutôt dans une logique droitière », avance Eddy Fougier. « Mais le pari s’avère risqué. Car sa popularité est basée sur l’image d’un homme consensuel, d’un anti-Sarkozy, susceptible d’attirer les électeurs centristes voire les déçus de Hollande pour la présidentielle. Il est coincé entre ces deux positions comme une partie des Républicains ».

« J’ai toujours été un homme de droite »

En 2014, l’homme de 70 ans s’affichait en une des Inrocks et de GQ. « Juppé, c’est le candidat de la gauche et des journalistes », raillait à l’époque Nicolas Sarkozy, selon des propos rapportés par le Canard enchaîné.

« J’ai toujours été un homme de droite », se défend aujourd’hui le maire de Bordeaux sur Europe 1. « La droitisation, c’est une question de ton. Quand on aborde les sujets immigration et laïcité, on le fait soit en disant "dehors les Arabes", pour être caricatural, soit en ayant en tête l’objectif de l’identité heureuse », développe à Marianne Benoist Apparu, l’un de ses soutiens,

Le magazine relativise le virage à droite du candidat, rappelant notamment ses positions déjà très fermes sur ces questions, lorsqu’il était numéro 2 du RPR de Jacques Chirac. Pour le moment, la stratégie est payante. Alain Juppé reste la personnalité politique préférée des Français. Reste à savoir combien d’entre eux iront voter à la primaire en novembre prochain.

Mots-clés :