Gérard Longuet, en avril 2011.
Gérard Longuet, en avril 2011. - POL EMILE/SIPA

Quand on a un train de vie de sénateur, on est bien placé pour critiquer les gens qui ne travaillent pas. Le sénateur Les Républicains Gérard Longuet a déclaré ce mardi soir sur Public Sénat que les Français « ont des poils dans la main ». Il estime que les chiffres élevés du chômage en France sont dus pêle-mêle aux 35 heures, aux allocations, aux charges sur le travail, mais surtout Gérard Longuet estime que « ce qui compte le plus, c’est la motivation professionnelle. Nous avons des Français qui ont des poils dans la main, il faut le savoir. C’est-à-dire que “c’est trop dur”, “c’est trop loin”, “c’est pas ce que je veux”, “vous comprenez moi j’ai été formé pour faire du théâtre et on me propose de faire du commercial”. Ben non… ». A-t-il raison ?


Les Français sont-ils allergiques au travail ?

Avec ses 35 heures hebdomadaires, la France est bien l’un des pays où l’on travaille le moins longtemps en Europe. D’après l’OCDE, un Français travaille en moyenne 1.473 heures par an contre 1.789 heures pour un Américain ou 1.677 heures pour un Britannique. Si l’on ne prend en compte que les emplois à plein temps dans le calcul, un Français travaille en moyenne 38,9 heures par semaine contre 42,2 heures pour un Britannique et 39,8 heures pour un Allemand.

Toutefois, le classement de l’OCDE sur la productivité du travail donne une autre vision de la France : avec 64 dollars de PIB générés par heure travaillée, la France se classe 7e des pays de l’OCDE pour la productivité du travail. Derrière les Etats-Unis, à 67,2 dollars, et la Belgique, à 64,8 dollars, mais devant l’Allemagne à 63,5 dollars et loin devant le Royaume-Uni à 49,8 dollars. Les Français travaillent donc moins longtemps mais plus efficacement.

Les chômeurs veulent-ils vraiment travailler ?

L’OCDE calcule une autre statistique intéressante : le nombre de « travailleurs découragés ». Il s’agit du nombre de chômeurs qui estiment qu’il n’y a pas d’emplois disponibles pour eux. En France en 2013 il n’y avait que 0,3 % de la population active qui était « découragée » au sens de l’OCDE, contre 2,9 % en Hongrie et 2,2 % au Portugal et en Espagne.

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En octobre 2014, une étude de Pôle Emploi révélait que 20 % des chômeurs ne chercheraient pas de travail. Une étude à prendre avec des pincettes puisqu’elle portait sur 2.650 chômeurs des agences de Manosque et Toulon entre juin 2013 et février 2014. Le panel n’est pas représentatif de l’ensemble des chômeurs français et les chômeurs qui étaient accusés de ne pas avoir fait preuve « d’actes positifs et répétés de recherche d’emploi » ont en fait simplement mal ou pas répondu au questionnaire que leur avaient adressé les contrôleurs.

« C’est trop dur », « c’est trop loin », « c’est pas ce que je veux »…

Non, les Français ne sont pas prêts à accepter n’importe quel travail. D’après un sondage CSA publié en octobre dernier, 56 % des salariés et 55 % des chômeurs ne sont prêts à déménager pour trouver un travail ou obtenir un meilleur emploi. Ce sont les plus âgés, les femmes et les moins diplômés qui sont le plus sédentaires. La première raison invoquée est le refus de s’éloigner de sa famille, suivie par le coût du déménagement.

Quant aux chômeurs qui n’ont pas les qualifications correspondant aux secteurs qui recrutent, les plans de formation ciblés sur les métiers « en tension » (qui vont de l’entretien des espaces verts à la maçonnerie en passant par l’ergothérapie) ont bénéficié à 114.500 chômeurs en 2014. Six sur dix ont trouvé un emploi à l’issue de cette formation.

Alors, « des poils dans la main » ?

Notons déjà que l’on dit plutôt avoir « un » poil dans la main, mais surtout que Gérard Longuet reprend ici une thèse éculée de la droite dure : les chômeurs sont des fainéants qui profitent du système.

Rappelons que la loi sanctionne les chômeurs qui refusent trois « offres raisonnables d’emploi » en leur retirant le bénéfice des allocations chômage. Reste à savoir si ces offres d’emploi sont toujours bien raisonnables

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