VIDEO. Etat d'urgence: Tollé à gauche à propos de la déchéance de la nationalité dans la Constitution

REACTIONS Les élus de gauche s’opposent au projet de l'exécutif d’inscrire la déchéance de la nationalité dans la Constitution…

Anne-Laëtitia Béraud

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Martine Aubry, maire PS de Lille et ex-ministre, le 16 novembre 2015 à Lille.

Martine Aubry, maire PS de Lille et ex-ministre, le 16 novembre 2015 à Lille. — Sarah ALCALAY/SIPA

Le débat sur la déchéance de la nationalité vire à la polémique. L’exécutif souhaite inscrire dans la Constitution la possibilité de déchoir de la nationalité française les binationaux condamnés pour acte de terrorisme. Cette déchéance pourrait s’appliquer à des binationaux nés français, et plus seulement à ceux qui ont acquis la nationalité. Un avant-projet de loi a été transmis cette semaine au Conseil d’Etat, et le texte pourrait être présenté en Conseil des ministres le 23 décembre. Mais cette proposition, énoncée par la droite en décembre 2014 et reprise à son compte par François Hollande après les attentats du 13 novembre, est repoussée par de nombreux élus de gauche.

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Poids lourd de la gauche hors du gouvernement, la maire de Lille Martine Aubry marque ce jeudi sa défiance au projet.

« La déchéance de nationalité, elle existe aujourd’hui pour ceux qui ont été naturalisés », explique l’ex-ministre sur BFMTV-RMC. « Quelqu’un qui pense qu’il va aller se faire sauter avec plein d’explosifs en tuant des gens, est-ce que ça va l’arrêter ? Je n’en suis pas sûre. » La maire de Lille se demande ainsi s’il « faut aller plus loin. Je me pose la question de manière très forte, j’attends l’avis du Conseil d’Etat ».

Un avis partagé par Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale et tête de liste PS aux régionales en Ile-de-France.
Marchant sur des œufs, le patron des députés PS Bruno Le Roux estime ce jeudi sur France Info que « c’est une question et je ne dis pas qu’elle est réglée. Il y a beaucoup de débats ». « Il n’est pas question que nous revenions sur ce qui est une tradition française en matière de nationalité. On n’en fait pas un outil contre le terrorisme. Je crois que les Français sont fondés à savoir ce qu’il advient de quelqu’un qui a la double nationalité et qui a pris les armes contre ses concitoyens pour défendre un autre Etat, un autre choix de société » précise-t-il.

Chez les communistes, le projet du gouvenement est vivement repoussé. Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste, tranche ce jeudi : « D’abord elle n’apporte aucune mesure de sécurité supplémentaire, et par contre elle ouvre une voie très grave qui consiste à dire que deux citoyens français, au prétexte que l’un des deux est binational, ne sont plus égaux devant la loi et devant la loi constitutionnelle », dit-il sur RFI.

Plus virulent, le député PS Pascal Cherki a évoqué mercredi devant la presse à l’Assemblée nationale sa vive opposition. « Je suis contre. Je considère qu’il y avait une barrière infranchissable qui était que lorsqu’on naît en France, on est Français. Pour le meilleur et pour le pire ». Des propos abondés par le député écologiste Noël Mamère, qui a lancé : « Ce n’est rien d’autre qu’une première entaille au droit du sol. Je n’imaginais jamais que la gauche serait prête à faire pire que la droite. »

Le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis a lui aussi marqué son opposition envers une mesure jugée inefficace. Sur le plateau du Grand jury-RTL-Le Figaro-LCI dimanche, le patron du PS expliquait : « Ce n’est pas la déchéance de nationalité qui va permettre d’arrêter les terroristes (…) C’est une inflexion importante dont je pense qu’elle ne répond pas au problème ».

Une défiance aussi évoquée la semaine dernière par le vice-président PS de la région Ile-de-France Julien Dray. Sur le plateau de l’émission #DirectPolitique de 20 Minutes, l’Internaute et Ouest-France le 24 novembre, l’ancien président de SOS Racisme jugeait : « J’insiste sur le fait que c’est une mesure essentiellement symbolique. »