Le Front national de Marine Le Pen, une évolution plutôt qu'une révolution

LIVRE Une vingtaine de chercheurs et journalistes analysent l'évolution du FN depuis l'arrivée à sa tête de Marine Le Pen en 2011...

20 Minutes avec AFP

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Marine Le Pen, présidente du Front national, le 20 octobre 2015 à Lyon.

Marine Le Pen, présidente du Front national, le 20 octobre 2015 à Lyon. — Pascal Fayolle/SIPA

Une vingtaine de chercheurs et journalistes analysent l'évolution du FN depuis l'arrivée à sa tête de Marine Le Pen en 2011, entre constat d'élargissement électoral et d'ajustement doctrinal mais loin de toute révolution, dans le livre «Les faux-semblants du Front national».

«Entre le FN mariniste et le FN lepéniste, les continuités l'emportent largement sur les innovations, qu'il s'agisse de l'organisation, du programme, du discours, de la stratégie, ou de la sociologie de ses soutiens. Le FN de Marine Le Pen n'est sans doute pas le même que celui de Jean-Marie Le Pen. Mais il n'est pas non plus foncièrement différent. La "nouveauté" du FN procède donc d'une illusion» écrivent en conclusion de ce volumineux ouvrage (606 pages) à paraître jeudi aux Presses de Sciences Po, les trois chercheurs l'ayant co-dirigé, Sylvain Crépon, Alexandre Dézé et Nonna Mayer.

Contributions

Visant à offrir une analyse à jour du FN mariniste à mi-chemin entre les présidentielles 2012 et 2017, l'ouvrage réunit des contributions regroupées autour de quatre thèmes: «La reconstruction du parti» ; «l'ébauche d'une rénovation programmatique et discursive» ; «la reconquête électorale et militante» ; «la polarisation du champ médiatique et politique».

Un mois avant le premier tour d'élections régionales où le FN polarise l'attention, notamment en Nord-Pas de Calais-Picardie et en Paca, les auteurs insistent : le FN, bien que «plus fort que jamais» et ayant enfin les «moyens matériels de ses ambitions», n'est toutefois pas "aux portes de pouvoir"», notamment à cause de son «isolement», de ses difficultés à transformer ses bons résultats de premiers tours en succès aux seconds, et du fait que «les orientations défendues par l'organisation frontiste sont encore loin d'être majoritaires au sein de la population française».

Stratégies et limites

Le «storytelling» de la «dédiabolisation» par la fille de Jean-Marie Le Pen - une stratégie tout sauf neuve, rappelle-t-on - a réussi notamment par «l'intérêt que lui ont manifesté les médias». «La +nouveauté+ du FN provient autant sinon plus de la façon dont (les médias) l'appréhendent que du parti lui-même», souligne notamment le chercheur Alexandre Dézé.

Or, les auteurs le soulignent, cette stratégie «porte en elle-même ses propres limites», avec un parti tiraillé entre radicalité et normalité : «Si le FN devait se dédiaboliser, il prendrait le risque de perdre non seulement ce qui fait la valeur de sa marque sur le marché politique, mais aussi les soutiens qui (y) sont attachés».