REFORME - Pierre Esplugas ne voit pas de problème de contre-pouvoir en France…
Pierre Esplugas, maître de conférence de droit public à Toulouse I, revient sur le discours de Nicolas Sarkozy sur la réforme constitutionnelle et approuve la présidentialisation affichée du régime.
Que pensez-vous de la présidentialisation du régime que semble insuffler Nicolas Sarkozy et de l'absence de contre-pouvoir?
Nicolas Sarkozy est très actif et veut rendre compte de son action lors d'interviews télévisées, de discours publics, de déplacements en province. D'un point de vue politique, il serait bien que le président puisse entrer dans l'hémicycle et expliquer sa politique devant les parlementaires.
La question des contre-pouvoirs est une vieille antienne en France. Mais, de mon point de vue, il y en a de plus en plus. Par exemple, grâce à la décentralisation, les régions, presque toutes socialistes, contrebalancent le pouvoir de l'Elysée.
Que pensez-vous des projets de Nicolas Sarkozy concernant le renforcement du rôle du Parlement?
Je reste très réservé sur le fait de donner un pouvoir de nomination des dirigeants des entreprises publiques au Parlement. On peut penser que c'est plus démocratique. Mais soumettre des nominations au vote, c'est s'obliger à trouver un consensus sur la personnalité la moins gênante, pas forcément la plus compétente.
Le Président de la République dit vouloir abandonner la présidence du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM). Pensez-vous que cela garantirait l'indépendance de la justice?
Le chef de l'Etat est garant de l'indépendance de la justice. En 1993, François Mitterrand avait hésité à abandonner la présidence du CSM. Et l'avait conservée après avoir déclaré: «Je préfère l'arbitrage du chef de l'Etat à celui des syndicats» (les magistrats du CSM sont élus par leurs pairs).
La présidentialisation du régime, qu'en pensez-vous?
Réagissez ici.
Propos recueillis par Guillaume Guichard