Marine Le Pen, présidente du FN, vote aux élections cantonales, le 20 mars 2011 à Hénin-Beaumont.
Marine Le Pen, présidente du FN, vote aux élections cantonales, le 20 mars 2011 à Hénin-Beaumont. - BAZIZ CHIBANE/SIPA

Au-delà des explications trop simples, le démographe et historien Hervé Le Bras analyse la géographie du vote Front national. Dans son ouvrage Le pari du FN publié ce mercredi (éditions Autrement 17,50 euros), le chercheur émérite à l’Ined propose des cartes qui révèlent une attente : Face à la disparition des relations de voisinage, l’expulsion des métropoles, le blocage de l’ascension sociale, le FN apparaît comme l’unique moyen de changer la donne. Et c’est dans cet espoir que l’électeur FN fait le « pari » du bulletin FN. Zoom sur deux cartes de cet ouvrage…

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Crédits: Hervé Le Bras – Adaptation graphique : Légendes-cartographie Editions Autrement

Une corrélation avec les zones fragiles

En prenant une carte recensant des indicateurs de précarité (chômage des jeunes ; jeunes sans diplômes ; familles monoparentales ; revenus des plus pauvres ; écarts de revenus), et une carte du vote FN aux élections européennes de 2014, on s’aperçoit de plusieurs choses : « La ressemblance de la carte des zones fragiles avec celle des scores du FN est frappante », relève Hervé Le Bras. « Dans les régions où le risque de précarité est plus élevé, la probabilité d’avoir dans sa famille au sens large ou dans son proche entourage une personne tombée dans la précarité est importante (…) Cette probabilité vous fait craindre de subir le même sort ». Ce qui fait dire au chercheur que « les votes FN proviennent de la population qui craint de basculer dans une forme ou une autre de précarité ».

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Crédits: Hervé Le Bras – Adaptation graphique : Légendes-cartographie Editions Autrement

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Une mutation du vote depuis les années 80

La corrélation entre la présence des immigrés maghrébins et le vote FN est très élevée en 1984. Mais elle décline constamment pour descendre à une portion insignifiante en 2012, relève Hervé Le Bras. Aujourd’hui, en observant une carte du recensement de 2010 et une autre du vote FN à la présidentielle 2012, on s’aperçoit que plus on s’éloigne du centre de la capitale, plus la proportion d’immigrés décroît, et plus le vote FN augmente. On peut faire cette observation dans de nombreuses agglomérations. Entre 2002 et 2012, l’extrême droite recule dans les grandes agglomérations et dans les régions dynamiques. Elle progresse au contraire en dehors de ces centres.

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