Photo d'illustration - Mardi 29 avril 2014, le Conseil des Paris des enfants a débattu de plusieurs propositions.
Photo d'illustration - Mardi 29 avril 2014, le Conseil des Paris des enfants a débattu de plusieurs propositions. - S. Jeunet

La défiance à l’égard de la classe politique grandit, mais les Français ne se désintéressent pas pour autant des débats de la cité. Selon un sondage exclusif OpinionWay dévoilé mardi lors de la conférence VIS[i]ONS 2016 organisée par 20 Minutes et le cabinet Soon Soon Soon 74 % des Français estiment que « les idées doivent venir des citoyens pour aider les élus à agir et décider », alors que 24 % seulement pensent que les « idées doivent venir des élus dont le rôle est d’avoir une vision et de convaincre les citoyens ». Un renversement du modèle politique traditionnel.

« Critique du pouvoir et volonté de participation »

« On avait tendance à penser que la remise en cause du fonctionnement actuel n’était qu’un épiphénomène provenant des mouvements alternatifs, explique Luc Balleroy, directeur général d’Opinonway. Mais cette enquête montre que le modèle classique a vécu. La société a dans l’ensemble un désir de changement. On attend de l’élu qu’il soit plus à l’écoute des citoyens. »

« Ces résultats ne sont pas surprenants, assure Loïc Blondiaux. Les citoyens revendiquent une volonté de pouvoir, souhaitent être consultés plus souvent à l’image du sentiment positif autour du référendum actuellement », explique le professeur de sciences politiques à l’université Paris I. « C’est un signe d’évolution de la démocratie vers un aspect contributif. Les citoyens sont à la fois dans une critique du pouvoir et dans une volonté de participation. »

Des freins à la démarche

L’étude montre toutefois que « 51 % des Français ont déjà eu envie de donner leur avis à un acteur public sur les réseaux sociaux sans le faire ». Si l’attente concerne en premier lieu les élus locaux (38 %) et nationaux (37 %), comment expliquer ce blocage ? « 59 % des Français n’ont pas agi car ils estiment que leur sentiment ne serait pas pris en compte, car les acteurs ne sont pas dans une posture de dialogue », répond le sondeur.

Autre frein à la démarche : la complexité pour trouver un espace où donner son avis, citée par 28 % des personnes. « Les Français ont la perception que les entreprises publiques ou privées ont évolué en bien sur Internet pour dialoguer avec leurs clients (31 et 30 %), par l’intermédiaire des hotlines ou de Facebook par exemple. Ce n’est pas le cas des élus nationaux et locaux (seulement 10 et 20 %) », développe-t-il.

Les jeunes se sentent davantage influents

42 % des Français indiquent avoir déjà signé une pétition sur le Web et 26 % avoir déjà donné leur avis sur un projet ou un enjeu concernant leur région, ville ou quartier par Internet. Mais les dispositifs sont encore à inventer. « Ils sont de plus en plus nombreux, mais les citoyens estiment qu’à l’heure actuelle, les mécanismes de démocratie participative ont assez peu d’influence sur les décisions, car ils ne sont que rarement pris en compte par les acteurs politiques », analyse Loïc Blondiaux.

« Les citoyens qui depuis plus de deux siècles sont restés dans une position d’extériorité du fonctionnement de la démocratie représentative s’aperçoivent du décalage entre le discours actuel et les faits concrets ». Le chercheur reconnaît toutefois le succès de certains collectifs comme Nouvelle Donne, ou de certaines actions, comme le budget participatif mis en place par la ville de Paris.

« Il existe une vraie différence entre les plus jeunes et les plus vieux. 23 % des Français pensent avoir une influence forte grâce aux blogs, forums, plateformes collaboratives et réseaux sociaux. Mais sur les moins de 35 ans, on est à 36 % alors que les 50 ans et plus sont à 13 %. C’est un signe de transition de la société ». Loïc Blondiaux résume l’un des enjeux à venir du monde contemporain : « réussir la greffe de cette culture web sur le fonctionnement de l’administration et de la vie politique ».

*Sondage réalisé en ligne sur un échantillon de 1.004 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas le 25 et 26 août 2015. Retrouvez le sondage par ici.

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