Le Premier ministre Manuel Valls quitte l'Elysée, le 27 mai 2015
Le Premier ministre Manuel Valls quitte l'Elysée, le 27 mai 2015 - THOMAS SAMSON AFP

L’Etat veut créer deux cellules de « community managers », l’une publique, l’autre associative, chargés de lutter plus efficacement contre la propagande djihadiste sur Internet, a annoncé ce mercredi soir Manuel Valls qui a donné un nouveau pointage du nombre de résidents français « impliqués » dans les filières djihadistes en Syrie et en Irak.

Rappelant que le gouvernement avait déjà créé début 2015 un site Internet « Stop Djihadisme » qui a permis de toucher les familles de jeunes radicalisés, le Premier ministre a expliqué qu’il s’agissait désormais de « franchir une nouvelle étape » en s’adressant « au coeur de cible, les jeunes en voie de radicalisation eux-mêmes ».

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« Nous allons donc mettre en place un bataillon de community managers de l’Etat pour opposer, et c’est plus difficile, une parole officielle à la parole des djihadistes et ne pas leur laisser l’espace numérique », a-t-il annoncé lors de la « Masterclass » organisée par le site d’informations en ligne Huffington Post et l’université de Paris-Dauphine.

Des outils de contre-discours

Ce « bataillon » prendrait la forme de deux cellules, a-t-on précisé du côté du Service d’Information du gouvernement (SIG), chargé du projet : l’une étatique, avec des fonctionnaires issus de ministères, et l’autre, qui serait adossée à une fondation privée, animée par des militants associatifs.

L’objectif est de mettre en place ces deux cellules, dont les effectifs ne sont pas encore arrêtés, avant la fin de l’année, a précisé le directeur du SIG Christian Gravel.

La « fondation », a dit Manuel Valls, « fera de la recherche sur l’évolution du discours et de la propagande djihadiste ».

« Nous produirons des outils de contre-discours pour alimenter ces "community managers" que j’évoquais, et qui pourront ainsi croiser le fer plus efficacement avec les recruteurs djihadistes sur la Toile pour ouvrir les yeux à ceux qui sont embarqués dans cette logique » de radicalisation violente, a proposé le Premier ministre.

Recruter aussi des hackers

Quant à ces community managers, « on va recruter non pas que des policiers, mais aussi des "hackers" », a suggéré Manuel Valls.

Le chef du gouvernement a reconnu qu’il était « difficile pour les autorités, pour l’Etat et j’allais dire presque pour les adultes de s’adresser directement aux jeunes concernés », car « les djihadistes utilisent la théorie du complot pour décrédibiliser justement la parole officielle ».

« Il faut reconnaître que leurs sites, leurs actions, leurs paroles -je mets des guillemets pour pas qu’il y ait d’ambiguïté- sont très bien faits, très efficaces. C’est une véritable propagande moderne pour attendre les esprits, les coeurs et les cerveaux », a-t-il déploré.

Le Premier ministre a donné un nouveau pointage du nombre de résidents français « impliqués » dans les filières djihadistes en Syrie et en Irak, qui a atteint 1.704 personnes, contre 1.573 lors d’un dernier bilan effectué par M. Valls fin avril.

Au côté de Manuel Valls participait à cette « Masterclass » Dominique Bons, la mère de deux djihadistes français de Daech tués en Syrie, qui anime une association contre l’embrigadement dans les groupes jihadistes.

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