Elections départementales: Un score décevant pour le FN, vraiment?

DECRYPTAGE Dimanche soir, les commentaires ont surtout retenu que le score du FN était moins haut qu'annoncé, alors qu'il est historique à une élection locale...

Maud Pierron

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Marine Le Pen au QG du Fn, à Nanterre, le 22 mars 2015.

Marine Le Pen au QG du Fn, à Nanterre, le 22 mars 2015. — K. TRIBOUILLARD / AFP

«L'extrême droite n'est pas la première formation politique de France (...) Je m'en félicite car je me suis personnellement engagé», a lancé Manuel Valls, peu après 20 heures dimanche, donnant le «la» de la soirée électorale. Sur tous les plateaux, les dirigeants FN sont alors interrogés sur leur score de 25% qui les place derrière l’UMP et la «déception» que cette situation doit engendrer.

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Et les responsables PS et UMP ont tous un mot pour se féliciter du score moins élevé que les 30% prévus par les sondages ces dernières semaines. Si bien qu’au QG de Nanterre, c’est un grand silence qui a accueilli les résultats.

Pourtant, insiste auprès de 20 Minutes Jérôme Sainte-Marie, président de l’institut de sondage Polling Vox, le FN et ses troupes auraient de quoi sabrer le champagne. «Le grand gagnant incontestable de la soirée, c’est le FN. On n’est pas obligé de croire la communication bulldozer de Manuel Valls», note-t-il.  Et d’ajouter: «Le FN fait 10 points de plus qu’en 2011, et fait 5 points de plus que le parti au pouvoir… La symbolique est terrible. Cette réaction du PS, qui se félicite du score du FN, c’est dire le niveau de crise où l’on est. C’est surréaliste», ajoute-t-il.

En tête dans 43 départements sur 98

«On ne commente pas les élections à partir des sondages, mais par rapport à l'élection précédente, celle de 2011, corrige de son côté Pascal Perrineau, président du Cevipof dans un entretien à 20 Minutes. Le FN est passé de 15 à 25%. Sa dynamique est très importante», analyse-t-il. «C'est une nouveauté pour le FN d'être au même niveau que les grandes forces de gouvernement sur le plan local. Il est la première force dans l'Aisne, la Somme, l'Oise, la Haute-Marne... Le FN se porte bien même si symboliquement il n'est pas devenu le premier parti», ajoute-t-il.

Le FN a déjà huit élus dès le premier tour. Et dans 43 départements (sur 98 où le scrutin avait lieu), il arrive en tête. Outre ses bastions du sud-est ou du nord/nord-est, il termine premier jusque dans les Côtes d'Armor (19%), où gauche et droite étaient divisées. Au final, il sera présent au second dans près de 1.100 cantons sur environ 1.900 encore à pourvoir.

«Je n’ai aucune raison d’être déçue ce soir»

Frédéric Dabi, directeur des études de l’Ifop estime que pour les dirigeants frontistes, «les résultats doivent être une déception car ils sont moins bien qu’annoncés» mais «le fait majeur c’est que le FN poursuit son implantation locale et réussit un score visiblement supérieur aux européennes alors qu’il s’agit d’un scrutin qui ne l’avantage pas, une élection locale».

«Sans implantation locale préalable, avec un seul sortant, le FN réussit l'exploit de dépasser à une élection locale le résultat des élections européennes (24,85%)», s’était réjouie Marine Le Pen dans sa première réaction peu après 20 heures. Mais la tonalité des commentaires l’ont peut-être amenée à intervenir une nouvelle fois dans la soirée, dans les colonnes du Monde. «Que notre score rassure tout le monde, cela montre que notre normalisation est arrivée à un tel point que certains soufflent quand on fait 27 %». Et la présidente du parti d’insister: «On fait plus qu’aux européennes! Aux européennes, on a des têtes d’affiche qui tirent les listes. Là, l’immense majorité de nos candidats sont des inconnus. Et on arrive à consolider un vote national à la proportionnelle. Je n’ai aucune raison d’être déçue ce soir».