DEBAT - Moment clé de l’entre-deux tours, les candidats du Parti socialiste et de l’UMP confronteront ce soir leur programme et leur personnalité avec l’espoir de convaincre les derniers indécis à quatre jours du scrutin...
Les vingt millions de Français installés devant leur télévision vont-ils assister au « débat le plus important depuis 1981 », comme l’affirme François Hollande, ou à un duel aussi stérile que celui qui avait opposé Jacques Chirac à Lionel Jospin en 1995 ? Réponse ce soir, au terme de deux heures d’échanges entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.
Des deux finalistes, c’est le candidat de l’UMP qui aborde le duel dans la position la plus confortable. « Nicolas est en tête dans les sondages, son avance est telle qu’il faudrait qu’il perde largement ce débat pour être rejoint. C’est donc à Ségolène Royal de prendre des risques », analyse un membre de son équipe. Autre atout dans la manche du favori, son éloquence, jugée très supérieure à celle de sa rivale. Mais puisqu’il est donné gagnant, Sarkozy est aussi celui qui a le plus à perdre. « Il devrait gérer, mais ce n’est pas dans son caractère d’être attentiste », redoute ce proche.
Ségolène Royal, de son côté, ne pourra pas tout miser sur un dérapage de son adversaire. A quatre jours du scrutin, elle devra convaincre les électeurs de François Bayrou hésitants que sa personnalité et son projet méritent leurs voix. « Pour l’instant, ces indécis se caractérisent par l’inquiétude que leur inspire Nicolas Sarkozy, à cause de ses positions sur l’immigration et l’intégration », explique Vincent Tiberj, chercheur à Sciences-Po. Ces personnes représentent 1 % du corps électoral, calcule le politologue. «Assez pour faire basculer l’élection.»
Reste que dans l’histoire de ces duels, seul le cru 1974 a déterminé le résultat. Valéry Giscard d’Estaing y avait asséné cette phrase assassine à François Mitterrand : «Vous n’avez pas le monopole du cœur. » Pour l’emporter, Ségolène Royal ne devra pas être moins incisive.
Stéphane Colineau
Les règles
• De 21 h à 23 h, chacun disposera d’un temps de parole strictement égal.
• Un tirage au sort l’a établi : Royal occupera la gauche de l’écran, Sarkozy la droite.
• Assis derrière une table qui ne laissera pas voir leurs jambes, les prétendants se feront face à 2 m de distance.
• Les plans de coupe sont interdits. Le télespectateur
ignorera les réactions de l’un quand l’autre s’exprimera.
• Un pile ou face déterminera au tout dernier moment
qui parlera en premier.