Illustration de musulmans devant la Grande Mosquée de Paris, le 26 octobre 2012.
Illustration de musulmans devant la Grande Mosquée de Paris, le 26 octobre 2012. - MIGUEL MEDINA / AFP

Après l'émotion suscitée par les attentats de janvier, le gouvernement a lancé mercredi une réforme de l'Islam de France, autour d'une «instance de dialogue» censée mieux représenter la diversité des musulmans aujourd'hui. Cette réforme était en préparation de longue date mais le contexte post-attentats, avec ses risques de stigmatisation, a accéléré les travaux, reconnaît-on de source proche du dossier. Le mois de janvier s'est soldé par 176 agressions islamophobes, soit plus que pendant toute l'année 2014, selon le ministère de l'Intérieur. Que trouve-t-on dans cette réforme de l’Islam de France? 20 Minutes vous propose de faire le point.

Une nouvelle instance de dialogue. Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, l’a évoqué ce mercredi midi à la sortie du conseil des ministres: une nouvelle «instance de dialogue » va être mise en place «d'ici l'été». Sa mise en place traduit la «volonté de travailler à engager une large consultation avec les acteurs de l'islam».

Elle se réunira « deux fois par an autour du Premier ministre », à l'instar de ce qui existe pour les catholiques, a précisé le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. L'instance devra se saisir de questions telles que la formation civile des imams, l'abattage rituel ou la sécurité des lieux de culte par exemple, «dans le respect rigoureux des principes de la laïcité », a ajouté Bernard Cazeneuve.

L'idée est de donner aux pouvoirs publics des interlocuteurs plus divers que le Conseil français du culte musulman (CFCM), créé en 2003 et largement critiqué pour son manque de représentativité d'une communauté musulmane forte de 4 à 5 millions de personnes. Le CFCM ne cessera pas d'exister pour autant. Des consultations vont à présent être menées pour identifier les nouveaux interlocuteurs potentiels.

Revoir la formation des imams et des aumôniers. Autre mesure très attendue dans un contexte de « grande sensibilité à la radicalisation », la formation des imams et des aumôniers, désormais incités à suivre un diplôme universitaire (DU) de formation civique et civile, qui devrait être proposé dans une douzaine d'établissements d'ici la fin de l'année. « Certains imams ont une maîtrise insuffisante de la langue et des lois », reconnaît-on place Beauvau. L'idée est de « favoriser l'émergence d'une génération d'imams pleinement insérés dans la République ».

Nombre des 2.300 mosquées et salles de prières du pays n'ont pas en effet d'imam permanent, laissant prospérer des prédicateurs itinérants voire autoproclamés. La question des cadres religieux est sensible, notamment en prison où il s'agit de mieux prévenir le basculement djihadiste, ce que quelque 180 aumôniers pénitentiaires musulmans - un chiffre largement insuffisant aux yeux de nombreux experts - ne peuvent faire seuls. Les aumôniers « ne seront recrutés désormais que s'ils ont obtenu ce diplôme de formation aux principes fondamentaux de la République », a martelé Bernard Cazeneuve.

Une Fondation de l’Islam de France. Parmi les autres mesures proposées figurent également la mise en place d'une Fondation de l'Islam de France, en tirant les leçons des erreurs de celle qui avait été créée en 2005. Il est aussi envisagé le développement de bourses à destination des doctorants et un accent mis sur les établissements scolaires, incités à se placer sous contrat avec l'Education nationale. Pour les autres, les contrôles devraient être renforcés.

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