INTERVIEW – Daniel Cohn-Bendit nous donne ses recettes pour séduire l’électorat centriste…
Au lendemain du premier tour de la présidentielle, Daniel Cohn-Bendit, député européen (Verts) nous donne ses recettes pour séduire l’électorat centriste…
Daniel Cohn-Bendit, vous avez rencontré François Hollande dans la nuit de dimanche à lundi. Qu’est-ce vous lui avez dit?
Je lui ai donné mon point de vue sur la situation, qui n’est pas forcément le sien et encore moins celui de Ségolène Royal. Je crois qu’il ne faut pas enfermer le débat dans une confrontation gauche-droite durant l’entre-deux tours car la victoire serait alors assurée pour Nicolas Sarkozy. Ce qu’il faut, c’est que le PS trouve des arguments pour transcender ce clivage et s’adresser aux centristes.
Concrètement, il faudrait que l’on puisse entendre Jacques Delors qui parle beaucoup à l’électorat centriste. Les électeurs de François Bayrou étant souvent catholiques, il faut rappeler les sorties sur la génétique de Sarkozy. Il faut mettre en scène le fait que le candidat UMP nous réserve une société de la confrontation alors que Ségolène Royal présente une candidature citoyenne.
Vous pensez qu’une alliance Verts-PS-UDF est envisageable dans la perspective du deuxième tour et des législatives?
Non, une telle alliance ne se fera pas. L’UDF restera sur un positionnement ni-ni. Ce que veut François Bayrou – qui a entendu la Vierge et se voit déjà Président en 2012 – c’est un groupe parlementaire qui lui permette d’accéder à l’Elysée. Mais Bayrou ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, ce sont ses électeurs.
Dominique Voynet, avec 1,57% des suffrages, a fait un mauvais score. La faute uniquement au vote utile?
Dominique a fait une campagne courageuse mais l’attelage du parti est lourd. Une refondation des Verts est nécessaire afin d’investir l’espace créé par Nicolas Hulot qui a dessiné un «possible écologique». Un positionnement simplement à gauche de la gauche ne suffit plus. Il faut que nous comprenions que plusieurs voies sont possibles pour atteindre des objectifs écologiques. Ceux qui ont pensé que la réponse était José Bové dans le parti se sont trompés. Reste à organiser un grand débat sans a priori.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer