PRESIDENTIELLE – Et si les internautes pesaient dans l’élection présidentielle?
Et si les voix des internautes faisaient basculer l’élection présidentielle? L’interrogation n’est pas si fumeuse quand on considère le nombre d’internautes en France: 28,3 millions en janvier 2007, selon Médiamétrie (individus de 11 ans et plus qui se sont connectés au cours du dernier mois, quel que soit le lieu de connexion).
Tous ces internautes ne sont pas électeurs, mais la majorité (93%) de ceux qui le sont ont la ferme intention de se rendre dans les urnes,
selon le sondage Novatris/Harris Interactive réalisé en février.
Peu d’abstentionnistes, donc, parmi les internautes, et beaucoup de bayrouistes d’après cet autre sondage publié sur le site election-presidentielle.fr. Sur 709 internautes,
32% déclaraient le 13 avril vouloir voter pour François Bayrou, 26 % pour Ségolène Royal, 17,5 % pour Nicolas Sarkozy et 10 % pour Jean-Marie Le Pen.
«Le Net est clairement pro-Bayrou et anti-Sarkozy, si l’on ne tient pas compte des militants», explique Carlo Revelli, d’
AgoraVox. D’après les sondages effectués par le média collaboratif citoyen, le candidat UDF caracole en tête. «Depuis les sept derniers mois, de 20 à 40 % de nos internautes déclarent vouloir voter pour lui, reprend Carlo Revelli, et cela n’est pas propre à AgoraVox. Il a une très bonne cote sur tous les sites, surtout depuis qu’il se montre critique envers les médias traditionnels et qu’il a fait ses déclarations sur les droits d’auteurs, des positions qui sont celles des internautes». Même auprès de blogueurs politiques dits influents, dont
Versac, le candidat UDF est plébiscité.
Mais attention, le vent peut tourner, d’autant que ceux qui gravitent sur la toile n’aiment pas le pouvoir en place: «si François Bayrou est élu, sa cote deviendra négative sur le web», prévient Carlo Revelli.
Une chose est sûre pour Carlo Revelli: «si le candidat UDF passe le premier tour, on pourra dire que la communauté des internautes a participé à sa victoire». Et Internet regagnera ainsi ses galons d’outil prospectif.
En attendant les résultats, la question demeure. Les internautes sont-ils une goutte d’eau dans l’océan électoral ou une vraie communauté influente? Les deux, répond André Gunthert, directeur du laboratoire d'histoire visuelle contemporaine et professeur à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales). Il travaille en ce moment avec un outil qui permet de mesurer l'audience des vidéos politiques sur le Net, le
«Vidéomètre». «Quelques centaines de milliers de personnes regardent des vidéos politiques sur le web, explique-t-il. Ce public reste quand même réduit par rapport aux audiences drainées par la radio ou la télévision (en moyenne 9 millions de téléspectateurs regardent le journal de 20 heures de TF1, ndlr).
Mais, depuis le 21 avril 2002, on sait que 100.000 électeurs peuvent changer le visage d’une élection, surtout une élection comme celle-ci où quatre candidats sont au coude à coude. Même si cela peut sembler marginal, ce qui se passe sur Internet pourra faire l’élection».
Alice Antheaume