L'ancien président du Conseil constitutionnel et ex-ministre socialiste Roland Dumas dans son cabinet d'avocat à Paris, le 15 décembre 2014
L'ancien président du Conseil constitutionnel et ex-ministre socialiste Roland Dumas dans son cabinet d'avocat à Paris, le 15 décembre 2014 - Joël Saget AFP

L'ancien président du Conseil constitutionnel et ex-ministre socialiste Roland Dumas se dit «convaincu d'avoir sauvé la République» en ayant validé en 1995 les comptes de campagne présidentielle «manifestement irréguliers» de Jacques Chirac, mais aussi d'Edouard Balladur.

«C'était mon premier dossier, je venais d'entrer en fonction», a déclaré au Figaro l'ancien avocat puis ministre des Affaires Etrangères de François Mitterrand, nommé à la présidence du conseil constitutionnel par ce dernier peu avant son départ de l'Elysée en 1995.

«Annuler l’élection de Chirac aurait eu des conséquences terribles»

«Je peux le dire aujourd'hui, les comptes de campagne d'Edouard Balladur et ceux de Jacques Chirac étaient manifestement irréguliers », poursuit Roland Dumas. «Que faire? C'était un grave cas de conscience. J'ai beaucoup réfléchi. Annuler l'élection de Chirac aurait eu des conséquences terribles. J'ai pensé à mon pays. Je suis un homme de devoir. Nous avons finalement décidé, par esprit républicain, de confirmer, à l'unanimité au deuxième tour, son élection présidentielle. je suis convaincu que j'ai sauvé la République en 1995».

Selon la constitution, le rôle du Conseil constitutionnel est de veiller à la régularité de l'élection du Président de la République, examiner les réclamations et proclamer les résultats du scrutin. Le président du Conseil est nommé par le Président de la République. Il a voix prépondérante en cas de partage.

10 millions de francs de recettes inconnus dans les comptes de Balladur

En 2011, Jacques Robert, un juriste qui siégea de 1989 à 1998 rue de Montpensier, avait affirmé au Parisien-Aujourd'hui en France avoir servi « de caution à une belle entourloupe » lors de l'examen de ces comptes. Ceux de M. Balladur «accusaient 10 millions de francs de recettes d'origine inconnue». Ceux de Jacques Chirac l'étaient également «mais les irrégularités n'avaient pas une telle ampleur», selon lui.

Edouard Balladur et son ancien ministre de la Défense François Léotard devront s'expliquer devant la Cour de justice de la République (CJR) sur le financement de la campagne présidentielle de l'ex-Premier ministre en 1995, dans le volet financier de l'affaire dite de Karachi. Les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire ont acquis la conviction que la campagne d'Edouard Balladur, qui s'était soldée par sa défaite au premier tour, a été en partie financée par des rétrocommissions sur d'importants contrats d'armement conclus en 1994.

Par ailleurs, en janvier 1999, le Conseil constitutionnel présidé par Roland Dumas avait, de façon incidente, en statuant sur la création de la Cour pénale internationale, renforcé l'immunité du président de la République pendant la durée de ses fonctions, alors que plusieurs affaires judiciaires défrayaient la chronique autour de Jacques Chirac.

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