Pédophilie : «Nicolas Sarkozy a livré un argument subjectif et arbitraire»

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Publié le 11 avril 2007.

INTERVIEW - Pierre Le Coz, membre du Comité consultatif national d’éthique, réagit aux propos de Nicolas Sarkozy sur le déterminisme...

Pierre Le Coz est membre du Comité consultatif national d’éthique et maître de conférence à la faculté de médecine d’Aix-Marseille. Il réagit aux propos de Nicolas Sarkozy sur le déterminisme en matière de pédophilie et de suicide chez les jeunes.

Qu’avez-vous pensé de l’interview du candidat UMP à la présidentielle dans «Philosophie magazine» ?

A sa décharge, je trouve ça honorable d’avoir accepté une interview dans une revue philosophique. Le risque, c’est de s’aventurer dans une discipline qui exige des arguments quand on avance une théorie. Or, Nicolas Sarkozy a livré un jugement subjectif et arbitraire qui aurait davantage eu sa place dans un magazine religieux.

L’archevêque de Paris, mgr André Vingt-Trois, a pourtant critiqué ses propos sur le caractère génétique de la pédophilie…

Dans ce genre de débat, tout le monde tire la couverture à soi. La thèse soutenue par l’Eglise catholique n’est pas plus défendable que celle de Sarkozy puisqu’elle situe la pédophilie du côté de la culpabilité et de la faute en sous-entendant que l’homme est libre de décider autrement. Or, je rejoins l’ex-ministre de l’Intérieur sur le fait que la pédophilie est bel et bien une maladie.

Quelle en seraient les origines selon vous ?


On ne sait pas et dans ce cas-là, le mieux est de ne rien dire. Dans l’état actuel des connaissances, on ne peut ni totalement infirmer les déclarations de Sarkozy, ni les confirmer. La vérité ne réside pas dans le tout génétique ou le tout culturel. Même si on ne peut pas nier la dimension biologique et naturelle de la sexualité, la perversion que constitue la pédophilie reste un mystère. Et on ne peut pas l’expliquer avec des théories vieilles du 19e siècle.

Et en ce qui concerne le suicide des jeunes ?


L’amalgame est absolument choquant. Le suicide n’est pas une pathologie mais une revendication au sens, à l’amour, à la reconnaissance. Le facteur social est beaucoup plus évident dans ce cas. Quand quelqu’un se suicide, c’est toute la société qui est convoquée, interpellée.

Pourquoi cette confusion alors ?

Ça laisse perplexe. Peut-être que Nicolas Sarkozy est séduit par le calvinisme, cette idéologie néo-protestante qui s’est exportée aux Etats-Unis et qui a imprégné la culture américaine. Cette doctrine de la prédestination, toujours en vogue chez les néo-conservateurs, enseignait aux individus qu’ils étaient ou non élus de Dieu. La réussite dans les affaires était un signe d’élection divine par exemple. Mais c’est à la fois contraire au libéralisme de Sarkozy, qui croit au «self made man».

Beaucoup de contradictions, donc, dans ces déclarations…

Effectivement. Ce genre de débat soulève de toute façon beaucoup de banalités, à commencer par le généticien Axel Kahn qui déclare qu’«il n’y a pas de gène d’un destin malheureux». Même un enfant de cinq ans le sait.
Propos recueillis par Catherine Fournier
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