«On observe un transfert d’un tiers des votants FN en faveur de Nicolas Sarkozy»

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Publié le 4 avril 2007.

PRESIDENTIELLE - Jérôme Sainte-Marie, directeur de BVA Opinion, explique comment est mesuré le vote Front national…

Alors que Jean-Marie Le Pen revient dans les médias (dans Libération, Le Monde et la blogosphère), Jérôme Sainte-Marie, directeur de BVA Opinion, explique comment est mesuré le vote Front national.

Comment sont mesurées les estimations du vote Front national?

Nous avons une méthodologie commune à tous les candidats, sans distinguer le vote FN même si nous sommes particulièrement attentifs aux données le concernant. Nous procédons à partir du vote antérieur des personnes interrogées lors d’élections majeures, comme les dernières présidentielle et législatives. A partir des réponses obtenues, on calcule un coefficient de redressement qui sera appliqué à chaque individu. Par exemple, si notre échantillonnage révèle un taux deux fois plus élevé d’électeurs affirmant ayant voté Jospin que les votes réels, on pondère à 0,5 leur intention de vote, quel que soit le candidat pour lequel il compte voter.

Le vote FN est-il toujours tabou ?
Nous assistons cette année à une nouveauté très intéressante. Auparavant, nous avions plus de personnes qui déclaraient avoir l’intention de voter FN que de personnes qui avouaient avoir véritablement voté pour Jean-Marie Le Pen, un peu comme si ce vote était réprouvé et devait être dissimulé. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Cela traduit deux choses : d’une part, les électeurs ont dépassé ce «tabou» et d’autre part, il y a un transfert des votes FN en faveur d’un autre candidat, en l’occurrence Nicolas Sarkozy.

Comment expliquez-vous ce transfert ?
Soit les électeurs dissimulent leur vote FN, soit il s’agit d’un véritable choix politique. Jean-Marie Le Pen n’a plus le monopole sur les sujets liés à l’insécurité ou l’immigration. Il est concurrencé par Nicolas Sarkozy en qui les électeurs qui avaient donné leur voix au FN en 2002, notamment pour tirer la sonnette d’alarme sur certains sujets, voient un candidat de droite «crédible». Cela représente environ un tiers des voix FN de 2002. Les récents incidents en gare du Nord ont d’abord bénéficié au candidat UMP.

Comprenez-vous la vigilance médiatique qui a trait au vote FN ?
Oui, cela s’explique par la culpabilité collective éprouvée après le 21 avril 2002, par le choc qui a suivi ce résultat et par le statut particulier du vote Le Pen qui est toujours une «zone de turbulences» dans les sondages où le risque d’imprévus est le plus grand. Mais l’imprévu peut aussi être la non réalisation d’une intention de vote. Je pense qu’on a tort d’être obsédé par ce point. Je m’avance peut-être mais il n’y a aujourd’hui aucune raison pour que Jean-Marie Le Pen ait un score comparable à celui de 2002.
Propos recueillis par Sandrine Cochard
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