François Fillon au JT de TF1 le 9 novembre 2014.
François Fillon au JT de TF1 le 9 novembre 2014. - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

François Fillon a-t-il sollicité l'Elysée pour accélérer les procédures judiciaires visant Nicolas Sarkozy? Les révélations du Monde ont pris un nouvel écho ce week-end, après l'annonce d'une plainte en justice du camp Fillon. Les deux journalistes du Monde ont eux maintenu leur version et affirmé détenir un enregistrement audio. 20 Minutes fait le point sur une polémique qui vire à l'affaire d'Etat.

Qu’affirment les journalistes du Monde?

Dans leur livre Sarko s'est tuer (Stock), Gérard Davet et Fabrice Lhomme affirment que le 24 juin dernier, dans un restaurant proche de l'Elysée, François Fillon aurait demandé à Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l'Élysée, d’accélérer les procédures contre Nicolas Sarkozy, notamment celle concernant le dépassement du plafond des dépenses de campagne en 2012. «Tapez vite, tapez vite! Jean-Pierre, tu as bien conscience que si vous ne tapez pas vite, vous allez le laisser revenir. Alors agissez!», aurait lancé l’ex-Premier ministre.

L’information aurait d’ailleurs été confirmée par Jean-Pierre Jouyet le 20 septembre lors d’un entretien enregistré par les deux journalistes. Gérard Davet et Fabrice Lhomme soulignent avoir tout enregistré «afin de restituer le plus fidèlement possible les propos échangés lors du repas du 24 juin 2014», tels que les aurait rapportés quatre mois plus tard Jean-Pierre Jouyet.

Comment ont réagi les deux intéressés?

Dans un premier temps, François Fillon et Jean-Pierre Jouyet ont démenti avoir tenu ces propos, tout comme Antoine Gosset-Grainville, l’ancien directeur adjoint de cabinet de Fillon, également présent à ce déjeuner. Mercredi, l’ancien Premier ministre avait  jugé «méprisable» le procédé «qui consiste à me prêter la volonté de m'appuyer sur les plus hautes autorités de l'État pour faire pression sur l'autorité judiciaire».

«Je ne peux pas croire que le secrétaire général de l'Élysée ait pu tenir aux journalistes du Monde les propos qui lui sont prêtés, déclare encore François Fillon dans le Journal du Dimanche. Je ne peux pas ne pas voir dans ces attaques invraisemblables une forme de déstabilisation et de complot.» Samedi, l'entourage de François Fillon annonce que l’ancien Premier ministre allait déposer une plainte «contre les deux journalistes, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, et contre Le Monde pour diffamation».

Mais l'affaire a pris une nouvelle tournure dimanche. Jean-Pierre Jouyet change de version et déclare finalement avoir bel et bien évoqué l'affaire Bygmalion lors d'un déjeuner avec François Fillon. Ce dernier réagit dimanche soir sur TF1 en accusant Jean-Pierre Jouyet de «mensonge».

Quelles conséquences politiques? 

L’affaire fragilise François Fillon, alors que celui-ci s'est déclaré candidat à la primaire de l'UMP en vue de la présidentielle de 2017. Ses proches ont déjà dégainé, à l’image du député Jérôme Chartier, qui a dénoncé «une polémique infâme». Ce lundi, les éditorialistes sont partagés sur les bénéficiaires du «Fillongate» entre Sarkozy et Marine Le Pen. A l'image de Philippe Waucampt du Républicain Lorrain: «Le premier à qui profite l'embrouillamini est évidemment Nicolas Sarkozy... Mais il trouve qu'au-delà, la vraie bénéficiaire est Marine Le Pen. Pour elle c'est Noël tous les jours».

A droite, les flèches se dirigent vers Jean-Pierre Jouyet pour éviter de se focaliser sur la «haine» de François Fillon à l'égard de Nicolas Sarkozy, afin de ne pas relancer la guerre des chefs à l'UMP. Bruno Le Maire a déjà réclamé sa démission car il a «menti aux Français». Une position défendue aussi ce lundi par le porte-parole de Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin. Qui va plus loin. Sur RTL, il s'est étonné que l'enregistrement de la conversation ne soit pas rendu public, sous-entendant que le président de la République lui-même aurait pu être présent lors du rendez-vous du 20 septembre entre Jean-Pierre Jouyet et les deux journalistes.


Gérald Darmanin : "Je crois François Fillon" par rtl-fr

De quoi relancer les rumeurs sur l'existence d'un «cabinet noir» à l'Élysée, propagées l'année passée via l'hebdomadaire Valeurs actuelles par un ex-chef du service des télécommunications et de l'informatique de la présidence. Ce dernier mettait en cause de supposées recherches illégales dans les archives électroniques protégées de l'ex-président Sarkozy. «Je ne sais pas s'il y a un cabinet noir, mais il y a à l'évidence une structure -- je ne veux pas la qualifier autrement, je veux utiliser un terme vague -- qui utilise les affaires judiciaires» à l'Elysée, a estimé l'ancien secrétaire général de l'Élysée, Claude Guéant.


Claude Guéant : "Jean-Pierre Jouyet a menti" par Europe1fr

Au sein de la majorité, on tente de circonscrire l'incendie pour sauver le soldat Jouyet, un ami intime de François Hollande, tout en établissant un cordon sanitaire autour de François Hollande. Si Claude Bartolone a concédé une «maladresse» de Jean-Pierre Jouyet, il a assuré qu'il n'y avait «pas de cabinet noir à l'Elysée».

Mais mezza voce, parmi les proches du chef de l'Etat, certains envisagent la possibilité d'une démission de Jean-Pierre Jouyet. «On n'est pas à l'abri d'un départ rapide», affirme ainsi l'un d'entre eux. «C'est tout de même embêtant que Jean-Pierre Jouyet ait dû démentir son démenti. Il est très affaibli», explique un proche du président.

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