Il n’oubliera jamais
cet instant du 21 avril 2002 lorsque la France, incrédule, voit son visage prendre la place de celui de Lionel Jospin comme candidat au second tour. Un hold-up électoral dont le candidat des «petits, des sans-grades, des exclus» aura rêvé cinquante ans durant. Cinquante années à exercer son talent de tribun, à jouer sur les fantasmes et les peurs populaires, à faire vibrer la corde nationaliste de millions de Français. A régner enfin sur un maelström improbable composé de royalistes, de pétainistes, de catholiques traditionalistes ou de païens racistes.
Dès 1956, à l’âge de 27 ans, Jean-Marie Le Pen, alors poujadiste, devient le plus jeune député de France. S’engage pour l’Algérie française avant de devenir le directeur de campagne de
Jean-Louis Tixier-Vignancour à la présidentielle de 1965. En 1972, il prend la tête du Front national, une petite formation d’extrême droite dont il est le candidat à la présidentielle de 1974. Son score est dérisoire (0,74%) mais les Français se familiarisent avec son visage barré d’un bandeau noir sur l’œil droit.
Les années 1980 achèvent de le consacrer comme homme politique avec lequel il faut désormais compter. Il fait ainsi entrer 35 députés à l’Assemblée nationale en 1986. S’il fait scandale en 1987 en estimant que les chambres à gaz sont un
«détail de l’histoire», il poursuit son inéluctable progression grâce à des slogans qui font mouche comme «2 millions de chômeurs, 2 millions d’immigrés en trop».
En 1998, la scission avec le «puputschiste» Bruno Mégret saigne les rangs de ses militants. Mais Le Pen sait profiter du désenchantement des électeurs pour la classe politique et incarne l’anti-système au point de devenir le candidat le plus sollicité par les ouvriers. Porté par son succès de 2002 et ce qu’il appelle désormais lui-même la «lepénisation des esprits», il rempile en 2007, plus sûr que jamais de sa présence au second tour. Restera ensuite à passer la flamme à sa fille Marine, héraut de la respectabilité du parti, ou à Bruno Gollnisch, gardien de l’orthodoxie frontiste.
Et vous, que vous inspire Jean-Marie Le Pen?
Alexandre Sulzer
Parti: Front National
Age: 78 ans
Né le: 20 juin 1928 à la Trinité-sur-Mer (Morbihan)
Etat civil: Remarié à Jeanne-Marie Le Pen, dite Jany et père de trois filles.
CV: Licencié en droit et diplômé en sciences politiques. Il est rentier et vit de la politique.
Site web: http://www.lepen2007.fr/
La phrase qui tue: «On dit que Jean-Marie Le Pen est un extrémiste, que c'est l'extrême droite pour disqualifier mon message. C'est faux. Je suis un homme de centre-droit»
Son plus dans la campagne: Un électorat fidélisé et décomplexé
Son moins dans la campagne: Ses dérapages, son appartenance à une famille politique aux valeurs anti-républicaines
Sa cote à J-10: 15%