Marine Le Pen le 25 juin 2014 à Nanterre près de Paris
Marine Le Pen le 25 juin 2014 à Nanterre près de Paris - Stephane de Sakutin AFP

C’est peut-être une conséquence de la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen. Le vote FN a fortement progressé à la présidentielle de 2012 chez les électeurs se déclarant de confession juive. Selon une étude de l’Ifop pour le site Atlantico publiée mercredi, Marine Le Pen a récolté 13,5% du vote juif quand son père Jean-Marie Le Pen ne recueillait que 4,4% en 2007. Les chiffres sont à prendre avec des pincettes (il faut parler non «d’un unique vote juif mais plutôt des votes juifs», précise l’Ifop), mais traduisent une évolution.

Provocations et condamnations

«Il existait déjà au milieu des années 1980 une petite structure, le Cercle national des Français juifs [une organisation affiliée au FN], montée à la fois pour se dédouaner des accusations d’antisémitisme après un certain nombre de prises de position, et en même temps pour tenter de percer dans l’électorat juif», explique le politologue spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus. «Mais cela n’avait conduit à aucun résultat comme le montrent les chiffres de l’Ifop».

Les éternelles provocations de Jean-Marie Le Pen, du «point de détail» au «Durafour crématoire» rendaient impossible un éventuel rapprochement. «Marine Le Pen est d’une autre génération. Elle n’est pas nostalgique de la Seconde guerre mondiale, a qualifié les camps de «summum de la barbarie», et a plusieurs fois condamné les sorties antisémites du père, notamment la dernière déclaration sur les fournées», précise Nonna Mayer, chercheuse au Centre d’études européennes de Sciences Po-CNRS. Marine Le Pen avait évoqué en juin «une faute politique» pour qualifier les propos polémiques de son père sur Patrick Bruel.

Combat contre l’antisémitisme, gage de respectabilité?

Le Front national a semble-t-il changé son fusil d’épaule. Marine Le Pen déclarait cet été que le FN était «le meilleur bouclier» pour protéger les juifs de France «face au seul vrai ennemi, le fondamentalisme islamiste». La présidente du parti a également défendu l’existence de la LDJ (Ligue de Défense juive) lorsque se posait la question d’une éventuelle dissolution.

«Il ne suffit pas de faire des déclarations pour faire bouger les lignes. Une majorité des juifs se souvient des trente ans d’incompréhensions majeures, de signaux négatifs envoyés par les dirigeants frontistes à leur communauté», prévient Jean-Yves Camus. Nonna Mayer abonde. «Le père instrumentalisait l’antisémitisme, le nouveau FN instrumentalise son combat affiché contre l’antisémitisme comme gage de respectabilité».

«La stratégie de dédiabolisation, l’absence de références douteuses relatives à la Shoah dans les discours de Marine Le Pen, et surtout l’inquiétude grandissante d’une partie de la communauté juive face à la montée de "l’antisémitisme islamique", vis-à-vis duquel le FN se présente comme un rempart», expliquent la progression du FN dans l’électorat juif, selon l’Ifop.

Des interdictions qui visent aussi les juifs

«Les mesures prônées par le FN comme l’interdiction de l’abattage rituel casher ou hallal, ou l’interdiction du port de signes religieux visibles, qui vise aussi la kippa, sont de nature à refroidir les communautés juives», relativise le politologue. «Quand le parti explique qu’il faut supprimer les aides aux associations communautaristes, il faut entendre les associations qui s’adressent aux musulmans mais également celles qui s’adressent aux juifs».

Reste aussi la question des racines de sa base militante. «Les vieux réflexes restent si l’on en juge les nombreux dérapages de militants et candidats du parti, exclus en conséquence par la présidente du FN», explique la chercheuse. Jean-Yves Camus rappelle que la progression visible du vote juif pour le FN restait inférieure à la moyenne nationale (13,5% contre 18 %), et que celui-ci s’était surtout dirigé vers Nicolas Sarkozy (45%).

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