François Hollande sur un marché de Tulle, le 31 juillet 2012.
François Hollande sur un marché de Tulle, le 31 juillet 2012. - Pierre Andrieu afp.com

De tous les épisodes racontés dans le livre de Valérie Trierweiler, c’est probablement celui qui a provoqué le plus de réactions. «Les sans-dents», voilà comment François Hollande appellerait les couches populaires dans un «très fier de son trait d’humour», raconte Valérie Trierweiler dans son brûlot Merci pour ce moment. Résultat, tant à l’extrême droite qu’à la gauche radicale, des mouvements «Sans-dents» se sont montés, appelant à manifester contre François Hollande.

Ce «sans-dents» plein de mépris, démenti par l’Elysée et par les proches de François Hollande, pourrait bien être le «casse toi pauvre con» de Sarkozy, cette phrase qui symbolise une partie du quinquennat. «Prononcée ou pas, cette phrase restera car c’est un résumé du personnage facilement compréhensible par les Français»», explique Frédéric Dosquet*, professeur de marketing politique à l‘ESCP.

De «J’aime pas les riches» aux «sans dents»

Et elle vient annuler le dernier capital qu’il restait à François Hollande dans l’opinion, un trait d’image de sympathie. Pour Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste de communication politique, cette anecdote va surtout donner du grain à moudre aux Français qui, depuis le début du quinquennat, «s’interrogent sur la personnalité de François Hollande, se demandent qui il est vraiment».

De fait, cette expression qui dessine un portrait peu flatteur du président est beaucoup moins anecdotique qu’il n’y paraît car elle renvoie à de réelles problématiques. Elle risque d’avoir un coût politique important et durable. Cruellement, Philippe Moreau-Chevrolet rappelle: «En 2012, la phrase qui collait à Hollande c’était "j’aime pas les riches". En 2014, c’est "les sans dents" contre "les pauvres": c’est très symbolique du parcours de Hollande, de candidat socialiste à président aujourd’hui contesté par la gauche».

Acter «symboliquement» le divorce entre les couches populaires et les élites

Pour lui, «cette expression frappe juste particulièrement dans le contexte actuel, où le gouvernement est accusé de virage droitier et François Hollande critiqué au sein de sa majorité. Même si tout cela n’est pas lié, il y a un effet d’ensemble. Cette expression frappe juste et c’est pour cela qu’elle est dévastatrice», répète-t-il. D’autant plus, explique le politologue Thomas Guénolé, que «les propos prêtés à François Hollande ne peuvent qu’être ressentis violemment par des catégories qui a priori votent à gauche» ou qui sont censées être la cible d’un gouvernement qui prône la justice sociale.

Car cette expression fait écho à ce qui traverse la société française. Etude après étude, les Français disent leur sentiment d’un pays coupé en deux, entre une France d’en haut et une France d’en bas, des élites des grandes villes contre les couches populaires de la périphérie. Cette phrase acte «symboliquement» ce «divorce avec des élites contestées, dont on doute de leur sincérité», ajoute Philippe Moreau-Chevrolet. Problématique aussi pour les socialistes «qui sont accusés d’avoir abandonné les classes populaires pour les bobos» avec le débat qui a agité le PS suite au rapport de Terra Nova en 2011 qui préconisait de ne plus se concentrer sur l’électorat populaire.

Du pain béni pour le FN

Et dans ce contexte, c’est le FN qui pourrait en récolter les fruits. Un FN qui puise notamment sa force dans ce divorce entre les catégories populaires et les élites. «C’est du pain béni pour le FN», confirme Frédéric Dosquet et donc pas un hasard que le parti de Marine Le Pen soit l’un des premiers à avoir appuyé sur cette anecdote. Cette phrase plombera François Hollande jusqu’en 2017, ses adversaires à l’UMP et au FN feront tout pour que François Hollande soit associé à "sans dents". Quoiqu’il fasse, ils remettront cette expression sur le tapis en permanence».

*Auteur de Marketing et communication politique: Théorie et pratique, chez Dalloz (2012)

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