Livre de Cécile Duflot: «Déçue» par Hollande, «président de personne»

POLITIQUE Dans son livre choc « De l’intérieur », à paraître le 25 août, l’ancienne ministre du Logement Cécile Duflot propose un « voyage au pays de la désillusion » sans concession…

Anissa Boumediene

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L'ancienne ministre du Logement Cécile Duflot règle ses comptes dans son livre intitulé «De l’intérieur – Voyage au pays de la désillusion».

L'ancienne ministre du Logement Cécile Duflot règle ses comptes dans son livre intitulé «De l’intérieur – Voyage au pays de la désillusion». — Thomas Samson AFP

La solidarité gouvernementale et le devoir de réserve sont de lointains souvenirs pour Cécile Duflot. Libre de pouvoir «l’ouvrir» depuis qu’elle a refusé le poste de numéro 2 du gouvernement au lendemain des municipales, l’ancienne ministre du Logement revient sur ses deux ans passés au gouvernement et en profite pour régler ses comptes dans un livre intitulé «De l’intérieur – Voyage au pays de la désillusion». Un ouvrage dont Le Nouvel Observateur publie ce mercredi les bonnes feuilles.

«Déçue» par Hollande, qui «fixe des objectifs qu’il ne peut pas tenir»

«J’ai fait le même chemin que des millions de Français. J’ai voté Hollande, cru en lui et j’ai été déçue… J’ai essayé de l’aider à tenir ses promesses, de l’inciter à changer la vie des gens, de le pousser à mener une vraie politique de gauche. Et j’ai échoué. Alors je suis partie». «Faute d’avoir voulu être un président de gauche, il n’a jamais trouvé ni sa base sociale ni ses soutiens. A force d’avoir voulu être le président de tous, il n’a su être le président de personne.»

En quelque ligne, Cécile Duflot dresse un bilan sans équivoque du début de quinquennat de François Hollande, avant de charger la barque et critiquer les choix économiques du président.

Un président trop libéral

«Hollande contre la dette (…) Un discours d’affichage non suivi d’effets. On devait tenir les 3 % du déficit, on ne l’a pas fait. François Hollande passe son temps à fixer des objectifs qu’il ne peut pas tenir. L’effet est dévastateur». Une déclaration qui jette un pavé dans la mare alors que le gouvernement vient d’admettre son échec à redresser la croissance et réduire le déficit.

Moment marquant pour la ministre Duflot: sa loi Alur sur l’encadrement des loyers, dont elle est particulièrement fière, et qui a tourné à la «douche froide» lorsque le président, face au mécontentement des agences immobilières, lui a demandé si ce texte était vraiment une bonne chose. Dans son livre, l’ancienne ministre du Logement s’en dit «dépitée». «Je pensais être félicitée pour avoir tenu un engagement de campagne (…), je n’imaginais pas la sensibilité de certains au discours libéral».

Des ministres «savaient» pour Cahuzac

Mais Cécile Duflot n’a pas que le chef de l’Etat dans la ligne de mire, elle tire à boulets rouges sur ses anciens collègues, dont Jérôme Cahuzac, qu’elle trouve «odieux». «On dit de lui qu’il est brillant et bel homme, je le découvrirai méprisant et brutal». Mais plus que de dresser un portrait, Cécile Duflot revient sur «l’affaire Cahuzac» et révèle dans son livre qu’une partie de la classe politique était au courant depuis longtemps. «L’affaire Cahuzac dure de longues semaines. Des ministres, des députés me confient qu’ils savaient depuis longtemps. Je n’en reviens. S’ils étaient au courant, pourquoi l’ont-ils laissé nommer ministre du Budget? Ce n’est pas juste l’histoire d’une dérive personnelle, d’un menteur patenté. Cette affaire montre aussi l’aveuglement et l’hypocrisie qui peuvent régner». Ceux qui se sont confiés à leur collègue apprécieront la dédicace.