Cent ans après sa mort, que reste-t-il de Jean Jaurès ?

POLITIQUE Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès mourait sous les balles d'un jeune nationaliste. «20 Minutes» a demandé à plusieurs personnes de répondre à la question: «Que reste-t-il de lui en 2014?»...

Enora Ollivier

— 

Statue de Jean Jaurès à Carmaux, dans le Tarn.

Statue de Jean Jaurès à Carmaux, dans le Tarn. — GUILLAUME COLLET/SIPA

La postérité de Jaurès est visible au quotidien. Difficile de trouver une ville sans sa rue/avenue/boulevard au nom du fameux député du Tarn et «Jean Jaurès» reste dans le top 5 des noms les plus donnés aux écoles. Mais alors que le pays célèbre le centième anniversaire de la mort du grand homme, que reste-t-il vraiment de lui en 2014, autre que des plaques sur des bâtiments publics ou des gadgets?

>> Diaporama sur la vie de Jean Jaurès

20 Minutes a posé la question à plusieurs personnalités, voici leurs réponses.

Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste

 «De Jaurès? Il reste des cendres. Elles reposent à leur juste place, au Panthéon, veillées par toute la patrie reconnaissante. La flamme de Jaurès, elle, brûle en chaque socialiste et éclaire parfois les politiques de droite en manque d’idées. "Ils ont tué Jaurès!" cria-t-on le 31 juillet 1914. Mais, Jaurès, homme de lettres et homme de lutte, est toujours vivant. C’est d’ailleurs à cela que l’on reconnaît les grands hommes: ils se survivent à eux-mêmes. Jaurès, c’est la République jusqu’au bout, c’est-à-dire sociale. Jaurès, c’est cette voix qui résonne encore pour défendre ceux qui vivent de peu. En 2014 et bien au-delà. Jaurès, c’est le socialisme réformiste en action, qui ne se réfugie pas derrière des postures verbales jusqu’auboutistes mais cherche à améliorer sans cesse les positions, pas à pas, par compromis. Alors, de Jaurès, que reste-t-il? L’essentiel. La pensée Jaurès, ce combat permanent pour la justice et la guerre faite à la guerre. Qu’y a-t-il de plus actuel?»

Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste

 «Penser Jaurès aujourd’hui, c’est avant tout saluer l’homme de paix, le combattant infatigable qui paya de sa vie son engagement contre la guerre. Comment ne pas trouver écho dans ces paroles "j’ose dire que la grande paix humaine est possible" à l’heure où dans le monde tant de conflits ravagent vies et territoires? Comment ne pas y penser avec émotion quand le peuple gazaouï est une nouvelle fois sous le feu de bombes meurtrières et qu’à travers le monde des milliers de femmes et d’hommes se mobilisent pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens? Rendre hommage à Jaurès c’est aussi porter haut ses combats pour la justice sociale et le progrès humain sans jamais oublier que rien ne peut se faire sans le peuple. Continuer le combat de Jaurès en 2014, c’est enfin ne pas lâcher le flambeau de la bataille politique pour une société plus juste, combattre le renoncement, c’est inlassablement lutter pour faire jaillir l’espoir d’un monde meilleur. C’est tout cela que devraient se rappeler, en 2014, ceux qui se revendiquent de l’héritage de Jean Jaurès.»

Jacques Valax, député PS du Tarn, comme Jaurès il y a 100 ans

 «Jaurès, c’est un homme de la modernité. Il n’avait aucun tabou, était en avance sur son temps, alors que maintenant, on a tendance à vivre dans le passé, on est un peu conservateur. Ma problématique, c’est donc plutôt: "qu’aurait fait Jaurès aujourd’hui?" Par exemple sur l’impôt sur le revenu - qui a été un de ses grands combats - nous sommes timorés par rapport à lui. Ou sur le débat sur les régions: il aurait dit qu’il faut aller plus loin, qu’il faut les supprimer. Je pense que Jaurès serait en 2014 un social-libéral. Il avait un discours moderne sur l’entreprise. Alors qu’on le célèbre, c’est bien, mais il faudrait surtout célébrer sa philosophie, celle de la modernité, et porter des idées nouvelles. Dans la circonscription, il reste une personnalité très marquante, et les habitants gardent pour lui une profonde amitié. Ce qui le différencie des politiques d’aujourd’hui, c’est la proximité avec ceux dont il parlait, il avait à la fois l’esprit dans les étoiles et les pieds dans la boue.»

Laurent Bouvet, professeur de science politique, directeur de l’Observatoire de la vie politique de la Fondation Jean-Jaurès

 «Le grand héritage de Jean Jaurès, c’est avant tout l’unité de la famille socialiste. En fédérant des groupes variés dans la SFIO, en 1905, il a rapproché le socialisme français et la République. Et ça dure jusqu’à aujourd’hui. Pour le reste, il est difficile de jauger son héritage. Il n’a pas laissé une œuvre théorique et doctrinale, et au niveau idéologique, c’est plutôt Jules Guesdes qui a gagné. Pareil du point de vue de son œuvre législative: s’il a participé aux grands débats de son époque (sur la laïcité, l’impôt sur le revenu…), il n’a ni donné son nom à une loi ni participé au gouvernement, au contraire par exemple d’un Clémenceau. Son œuvre, c’est sa vie, ses discours, son combat pour la paix.»

Et à droite?

La droite s’est emparée en 2007 de la figure de Jaurès. Nicolas Sarkozy s’est proclamé il y a sept ans «héritier» de celui qui était jusqu’ici une icône de l’autre côté de l’échiquier politique, jugeant que la gauche actuelle «conservatrice, immobile et statufiée», «n’a plus grand-chose à voir» avec celle de Jaurès. A l’initiative de cette apparition de Jaurès dans le discours de la droite, on trouve Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy aujourd’hui député des Yvelines. Contacté à plusieurs reprises par 20 Minutes, Henri Guaino n’a finalement pas répondu à nos sollicitations.

Mots-clés :

Aucun mot-clé.