Déclaration d'intérêts: Les petits secrets des eurodéputés français

POLITIQUE On peut constater que Jérôme Lavrilleux s'est montré pointilleux, qu'Eva Joly sait faire fructifier son expérience et qu'au FN, on travaille d'abord au parti...

Maud Pierron

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Le 30 juin 2014, à la veille de la session inaugurale du nouveau parlement européen à Strasbourg, levée des couleurs européennes par les soldats de l'Eurocorps

Le 30 juin 2014, à la veille de la session inaugurale du nouveau parlement européen à Strasbourg, levée des couleurs européennes par les soldats de l'Eurocorps — Patrick Hertzog AFP

Le Parlement européen a publié mardi les déclarations d’intérêts financiers des eurodéputés. Les élus doivent mentionner leurs activités sur les trois dernières années, mais aussi leur niveau de revenu, leurs mandats et leur participation dans des sociétés. 20 Minutes a passé au crible les 74 déclarations du contingent français, avec quelques surprises à la clé.

Les plus simples

Beaucoup d’eurodéputés, notamment ceux qui sont réélus, présentent une déclaration des plus simple, avec la simple mention d’eurodéputés dans le tableau activité. C’est le cas de José Bové (EELV), Pervenche Bérès (PS), Jean-Marie Cavada (MoDem) ou François Grossetête (UMP).

Eva Joly fait fructifier son expérience

Comme repéré par le Scan du Figaro, Eva Joly fait fructifier son expérience en matière de transparence de la justice. L’eurodéputée déclare des activités de conseillère pour l’Agence norvégienne pour le développement international, pour une indemnité comprise entre 5.001 et 10.000 euros brut par mois (Une mission qu’elle a depuis cessée) et, surtout, déclare être membre du Comité paritaire de suivi et d’évaluation anti-corruption en Afghanistan, pour plus de 10.000 euros brut par mois. Et ce n’est pas tout: l’ex-candidate EELV déclare aussi être professeur à l’université de Tromlo en Norvège pour des revenus inférieurs à 1.000 euros brut par mois. Elle déclare par ailleurs toucher 50.000 euros par an au titre de droits d'auteur.

Les stakhanovistes centristes

Ils sont plusieurs à présenter une déclaration d’intérêts très riche. Ex-universitaire passée au MoDem, eurodéputée pour la deuxième fois, Sylvie Goulard déclare à tour de bras: outre son mandat de députée européenne, elle est conseillère spéciale pour le Council for the future of Europe Nicolas Berggruen Institute on Governance (pour des revenus au-delà de 10.000 euros brut mensuel) et déclare des activités non rémunérées au Deutsche National Stiftung (Sénat), Europartenaires et divers instituts et fondations: United Europe Hamburg, Women in Diplomacy (Rome), Fondation Jean Monnet (Lausanne), Institut fur Europaische Politik, Fondazione Imbeni (Bologna). Enfin (!) pour ses activités d’édition, Sylvie Goulard déclare entre 1.001 et 5.000 euros par mois.

Toujours au centre, l’eurodéputée et conseillère régionale Nathalie Griesbeck est la recordwoman des activités: elle déclare pas moins de 18 activités, allant de l’Associatin Sénior Temps libre au Centre d’amélioration du logement de la Moselle en passant par le Centre hospitalier spécialisé de Jury basé à Metz (Moselle). Aucune de ces 18 activités déclarées n’est toutefois rémunérée.

Cumulard

L’UMP Philippe Juvin est maire de la Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), mais aussi professeur de médecine et professeur des hôpitaux, trois activités pour lesquelles il déclare toucher pour chacune entre 1.001 et 5.000 euros brut par mois. Mais aussi vice-président du syndicat des eaux et du Sigeif, pour lesquels il déclare deux rémunérations comprises entre 500 et 1.000 euros.

La précision de Lavrilleux

Sans surprise, Jérôme Lavrilleux déclare ses activités de directeur de cabinet de Jean-François Copé pour plus de 10.000 euros bruts par mois, mais aussi son indemnité de 2.400 euros de conseiller régional. Mais celui qui a mis fin à ses fonctions à l’UMP pousse la précision jusqu’à faire mention de 100 euros (10 parts de 10 euros) dans une société civile «s.c. Lavrilleux», dont le siège social est fixé à Saint-Quentin (Aisne), dans la catégorie «toute information que je souhaite fournir». Il est le seul, avec un élu socialiste, à utiliser cette rubrique.

Dati et MAM, working-girl de l’UMP

Rachida Dati mentionne de nombreuses choses dans sa déclaration, mais en aucun cas la prise en charge de quelconques factures par l’UMP… On apprend qu’elle est présidente non-rémunérée de son club politique C’est à vous mais aussi qu’elle est admnistratrice non rémunérée pour les sociétés Sete et Sytcom, ainsi que de l’association des amis de l’Azebaïdjan. Par ailleurs, elle précise que ses collaborateurs au cabinet sont pris en charge par la mairie de Paris, ainsi que ses bureaux et qu’elle perçoit 90,78 euros par mois pour ses indemnités de maire du 7ème arrondissement et 170,56 euros d’indemnités de conseillère de Paris. Ex-députée et adjointe au maire de Saint-Jean de Luz (jusque mars 2014), Michèle Alliot-Marie, outre ses activités à l’académie culturelle de Berlin, à la «fondation du bénévolat» et «Rayon-Vert», déclare par ailleurs toucher entre 5.001 et 10.000 euros pour l’écriture de livre et plus de 10.000 euros annuels pour des conférences.

Au FN, on travaille au parti

Comme l’a repéré le Scan, beaucoup d’eurodéputés FN ont une activité rémunérée liée au FN. Comme Louis Aliot qui, s’il déclare ses activités d’avocat (salaire entre 1.001 et 5.000 euros), rappelle également ses activitvés d’attaché parlementaire (1.001 et 5.000 euros). Nicolas Bays, lui, déclare être «permanent politique» rémunéré entre 1.001 et 5.000 euros au FN, tandis que le maire (non rémunéré) d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Steve Briois déclare sa fonction de secrétaire général du FN pour 1.001 à 5000 euros. Florian Philippot se déclare «salarié du FN» pour un revenu entre 5.001 et 10.000 euros brut mensuel. Il déclare ses avantages en nature: deux personnes à mi-temps à son cabinet, un conducteur, un abonnement de taxi et un bureau au siège du FN, le tout payé par le parti.

Ce qu’on ne savait pas forcément

Philippe Loiseau, eurodéputé du Rassemblement bleu marine, déclare des activités d’agriculteur mais aussi d’organisateur de chasses commerciales, une activité saisonnière pour entre 501 et 1.000 euros brut par mois. Jean-Luc Schaffauser, lui aussi élu sur la liste Rassemblement bleu marine, semble être un consultant international assez réputé puisqu’il déclare gagner plus de 10.000 euros brut par mois pour cette activité, mais aussi être président de l’Académie européenne pour une rémunération comprise entre 1.001 euros et 5.000 euros. Le MoDem Robert Rochefort indique être administrateur chez Cetelem (500 et 1.000 euros) et chez Eurotunnel (1.001 et 5000 euros), mais aussi associé de l’Observatoire de la société et de la consommation (entre 500 et 1.001 euros). L’eurodéputé PCF Patrick Le Hyarick mentionne son titre de président du quotidien L’Humanité, mais aussi qu’il a des parts dans le journal, dans la catégorie de «capitaux ou de personnes avec répercussions possibles sur la politique publique». Enfin, Nadine Morano déclare être dirigeante d’entreprise (de communication) pour un revenu allant de 1.001 à 5.000 euros mensuels brut.

 

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