Samedi à Paris, Liêm Hoang-Ngoc lance formellement «Le club des socialistes affligés». L’intitulé suffit à comprendre ce qui pousse l’eurodéputé sortant à réagir. Mais loin de rester sur un constat, ce tenant de l’aile gauche du PS, tendance hamoniste déçue, veut «offrir un débouché politique à ceux qui ne se reconnaissent pas dans la droitisation du PS».

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Pour le premier rendez-vous de son think tank, il a invité des écologistes, des communistes, des membres du Parti de gauche pour réarmer idéologiquement la gauche qui, dans sa globalité, est «au bord du précipice». Une nouvelle initiative dans le paysage ultra-mouvant de la majorité, où nombre d’élus, appelés «frondeurs», n’hésitent plus à contester les décisions de l’exécutif et s’organisent pour faire des contre-propositions. Revenue d’effectifs

Jean-Marc Germain et les «constructeurs»

Député des Hauts-de-Seine, il s’est abstenu sur le vote du pacte de responsabilité. Comme il est l’ex-directeur de cabinet de Martine Aubry, certains ont vu la main de la maire de Lille dans cette fronde. «Ridicule. Cela décrédibilise le mouvement actuel, la plateforme transcourants et transsensibilités qui s’organise avec l’appel des 100», évacue le député. Il est aujourd'hui l’un des organisateur du mouvement des «constructeurs», héritiers des fameux «reconstructeurs», union des montebourgien-aubryste-fabiusien de l’époque 2008-2012. Les «100» vont dévoiler, probablement la semaine prochaine, tous leurs amendements sur le projet de loi de Finance rectificative. Pour Jean-Marc Germain, les différentes formes de frondes, du vote de confiance au pacte de responsabilité, mais surtout, lors du vote de la loi de Finance rectificative, partent de la même intention «obtenir une inflexion pour obtenir des résultats» et répondre ainsi au message des Français, qui ont sanctionné la politique menée. Et tout simplement, que «les parlementaires utilisent pleinement leur pouvoir de contrôler et d’amender les projets de loi». L’idée globale, c’est de rééquilibrer la politique en faveur des entreprises par rapport celle en faveur des ménages. Le seul objectif: faire baisser le chômage et repartir la croissance. Sinon «personne n’a d’avenir en 2017, ni le Président n i les députés», prévient-il.

Laurent Baumel et la Gauche populaire

Avec François Kalfon et Philippe Doucet, le député d’Indre-et-Loire a fondé en 2013 la Gauche populaire, un collectif d’élus et de militants qui plaident pour une grande réforme fiscal et une meilleure prise en compte des classes populaires par la gauche, notamment en faisant des gestes sur le pouvoir d’achat. «Pourquoi en ce moment, ça bouge dans la majorité? On vient de prendre de face une double défaite électorale violente et le président nous demande, avec le Pacte de responsabilité, de voter une politique qui a amené à la défaite». Depuis les municipales, le groupe montre les dents, notamment au sein de la plateforme de «l’appel des 100». Lui aussi plaide pour une évolution du régime présidentiel, pour donner plus de poids aux parlementaires: «l’hyper concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme, quand la politique qu’il mène aboutit à un divorce avec le peuple, devient un problème majeur».

Marie-Noëlle Lienneman et Maintenant la gauche!

Deux fois ministres, elle est au Sénat l’un des relais très médiatiques de la sensibilité de l’aile gauche du PS, cosignataire de la motion «Maintenant la Gauche» avec Emmanuel Maurel, élu au Parlement européen. «On n’a jamais vu une telle contestation d’un chef de l’Etat. Quand il est arrivé au pouvoir, il n’a pas donné un élan suffisant pour rassembler son camp, ni tenu assez fort sur ses engagements, comme sur le traité européen qu’il devait réorienter. Et il n’a pas cessé d’abandonner plusieurs engagements, mettant au contraire en œuvre des mesures d’austérité», constate froidement l’élue de Paris. «Après les municipales, on a pensé qu’il allait se rendre compte et en fait, il prend le mec le plus à droite. Là ça commence à tanguer sérieusement». Elle réfute toutefois le qualificatif de «grande gueule» ou de «frondeuse»: «je représente l’aile gauche, j’ai été deux fois ministres, je fais des contre-propositions. Car, à mon sens, c’est parce qu’on ne se parle pas assez que dès qu’on n’est pas d’accord quecela devient une crise». Pas question d’être pour ou contre Hollande, mais bien d’éviter «une politique suicidaire car lui comme nous sommes comptables». Mais, prévient-elle, «je suis d’abord socialiste, pas hollandaise».

Pouria Amirshai et un Monde d’avance

Il est l’un des lieutenants d’Un monde d’avance, le mouvement de Benoît Hamon et Henri Emmanuelli. Un courant qui vit une crise interne puisque le premier, promu lors du dernier remaniement, soutient du bout des lèvres la politique du gouvernement quand le second s’y oppose. Et de fait, Pouria Amirshahi, Henri Emmanuelli et Pascal Cherki, trois figures du courant, font partie des onze députés PS qui ont refusé de voter la confiance au tout nouveau Premier ministre, Manuel Valls. Pour eux, le débat sur la réduction des déficits est biaisé et la règle des 3%, imposée par Bruxelles, est leur chiffon rouge. Pouria Amirshahi, députés des Français de l’Etranger, est l’un des initiateurs de la fronde des 90 députés qui ont réclamé après les municipales un nouveau «contrat de majorité».

Christian Paul et la gauche durable

Signataire de l’appel des 88, il est à l’origine de l’appel des 100 pour proposer une plateforme de mesures pour peser sur les orientations de l’exécutif et réorienter sa politique. Christian Paul, qui a en partie bâti le programme du PS lorsque Martine Aubry était première secrétaire, est aussi à la tête du club La gauche durable. Avec une dizaine d’élus, il plaide pour que plus de «vert» soit mis dans les politiques et est en faveur de l’égalité des territoires pour contrer le FN.

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