Illustration: Une électrice dépose un bulletin dans une urne devant le drapeau de l'Union européenne.
Illustration: Une électrice dépose un bulletin dans une urne devant le drapeau de l'Union européenne. - © European Union 2013 EP

Dimanche soir, la surprise pourrait venir de là où on ne l’attend pas. En effet, l’abstention s’élèverait à 60% en France à l'occasion du scrutin européen, en baisse de 3 points par rapport au 17 mai, selon un sondage exclusif OpinionWay pour 20 Minutes. «On constate sur la fin de campagne une petite remobilisation de l’électorat, alors qu’il y a encore dix jours, on était certain de battre le record d’abstention et de dépasser les 60%», analyse Bruno Jeanbart, directeur général de l’Institut de sondage.

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Un total de gauche inquiétant

Mais ce regain civique ne profite pas aux deux partis qui arrivent à égalité en tête des intentions de vote avec 21%, l’UMP (-2%) et le FN (-1%). Avec une si faible participation, difficile de dire qui pourra finalement virer en tête.

«Plus la participation sera élevée, plus les chances du FN d’arriver premier seront élevées car l’électorat sociologique du FN, plutôt jeune et plutôt CSP - est le plus abstentionniste», note Bruno Jeanbart. Tout dépendra de la volonté de l’électorat de Marine Le Pen, le plus eurosceptique, de la placer en tête «s’il pense que ça peut constituer un tournant dans la vie politique française», rappelle le sondeur.

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L’UMP, elle doit se battre avec la démobilisation de ses électeurs, «qui souffrent d’un effet post-municipales» et peuvent être séduits par une offre électorale plus conséquente. C’est d’ailleurs «un des échecs de l’UMP dans cette campagne», dit Bruno Jeanbart, mais l’intervention de Nicolas Sarkozy peut servir de déclencheur.

Le PS, lui, sauve les meubles avec 17% d’intention de vote, contre 16,48% en 2009, en hausse de 1 point alors qu’il était sur une piste glissante depuis plusieurs semaines. Mais ce score est en trompe l’œil pour la gauche car Europe Ecologie-Les Verts rassemble 9% d’intention de vote contre 16,28% en 2009 et le Front de gauche est à 7%, à peine mieux qu’il y a cinq ans (6,48%).

«A première vue, on peut penser que le PS évite la catastrophe, mais l’ensemble de la gauche est très bas, en dessous des 40%, c’est très inquiétant pour la suite», souligne Bruno Jeanbart. En revanche l’UDI et le Modem pourraient valider leur union en attrapant la 4ème place et dépassant le seuil des 10% (11 %). «Ce score valide la stratégie de mener une vraie campagne européenne et pourrait convaincre les derniers sceptiques sur cette alliance», selon Bruno Jeanbart.

Le poids du Parlement européen reconnu… pas celui des eurodéputés

Et si 60% des Français disent s’abstenir, ils sont pourtant 72% à juger «important» de voter aux élections européennes. Un paradoxe français? Pas tant que ça, selon Bruno Jeanbart car seuls 38% des Français estiment que c’est «très important». «L’intensité est peu élevée, la proportion serait 70 à 80% pour une présidentielle», avance-t-il. Et sans surprise vue la tournure des débats, une majorité de Français, 53%, pense que les députés européens ne pèsent pas au niveau des décisions prises à l’échelle européenne. La proportion monte à 62% chez les électeurs de Marine Le Pen en 2012 et s’inverse chez les électeurs des autres ex-candidats (47% pour les Mélenchonistes, 49% chez les Hollandais, 44 % chez les Bayrouistes, 45% chez les Sarkozystes).

Mais là où les Français affichent réellement leurs contradictions, c’est qu’ils sont 56% à juger que l’orientation du Parlement européen pèsera sur les décisions européennes, et ceux dans tous les électorats, sauf celui qui a voté Le Pen à la dernière présidentielle (43%). «C’est vraiment surprenant et cela montre qu’il y a un réel intérêt à européaniser davantage la campagne», souligne le directeur adjoint des études d’OpinionWay.

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