Gisèle Chaleyat, doyenne des Verts de Paris, le 27 janvier 2014.
Gisèle Chaleyat, doyenne des Verts de Paris, le 27 janvier 2014. - VINCENT WARTNER/20MINUTES

Les Verts fêtent leurs 30 ans ce mercredi. Trente ans déjà que Gisèle Chaleyat, 96 ans - elle en paraît dix de moins - a participé à la création du parti écolo. Son regard bleu plein de malice plonge dans ses souvenirs. «Ah ça, j’ai rencontré des personnalités formidables grâce aux écolos: René Dumont, Cartier-Bresson, Cousteau.» Mais les doux souvenirs n'empêchent pas la doyenne des militantes de porter un regard acéré sur ce que sont devenus les Verts, sous la bannière d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV). «On stagne. Nous sommes devenus un parti comme les autres. Ceux aux responsabilités pensent trop à eux, à leurs postes. Et nos idées ne diffusent plus. On n’est plus dans les manifs, sur le terrain», regrette cette grand-mère qui passe ses week-end à militer, tracts à la main. «Le terrain, le terrain, le terrain, il n’y a que ça. Avant on avait moins d’argent, mais on payait de sa personne», se souvient-elle. C’est ce qu’elle est venue dire au dernier conseil fédéral de Caen (Basse-Normandie), espérant un changement de direction. Au final, il y a eu la continuité, avec l'élection d'Emmanuelle Cosse, proche de Cécile Duflot, aus secrétariat national d’EELV. «Bon, comme je dis, une femme c’est toujours bien», philosophe l’élégante militante.


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Car c’est par le féminisme qu’elle est arrivée à l’écologie. A 30 ans, cette mère de deux enfants devient veuve. Professeure à l’Ecole supérieure de commerce de Marseille, elle prend conscience du plafond de verre qui touche ses meilleures élèves, à qui les patrons offraient, au mieux une «situation digne d’un CAP comptabilité». Elle commence alors à militer à Marseille pour la cause des femmes, puis «monte» à Paris. Et s’embarque en politique car sa réflexion est faite: «Tant qu’on n’aura pas d’élues, la promotion des femmes n’avancera pas.» Aux municipales de 1974, elle participe à la création de la première liste féministe, dans le 5e arrondissement, face à Jacques Chirac. Depuis, «j’ai fait un nombre incalculable de campagne», toujours chez les écolos, raconte-t-elle confortablement installée dans son appartement du 1er arrondissement, où elle a mené les listes vertes jusqu’à ses 80 ans. Aujourd’hui, elle est toujours là, en dernière position sur la liste EELV dans le 1er.

L'engagement, le fil de sa vie

Mûe par la lutte contre le nucléaire, elle milite dans les réseaux écolos, suit d'un oeil la campagne présidentielle de René Dumont en 1974, qui deviendra un «ami». Elle s’embarque dans l’histoire à 100%, co-fonde le Mouvement d'écologie politique en 1979, participe à sa première campagne présidentielle en 1981 avec Brice Lalonde, puis lance l'aventure des Verts en 1984, en laissant filer «Brice» mais en suivant «Antoine» (Waechter) jusqu’au début des années 1990, lorsque les Verts s’écharpent sur leur positionnement politique. Elle découvre alors «Dominique» (Voynet) et «Yves» (Cochet), qui militent pour l’ancrage à gauche, un chemin loin d’être évident pour cette femme plutôt apolitique, tentée par le «ni-ni» d’Antoine Waechter. «Ils m’ont convaincu que si on voulait faire infuser nos idées, il fallait des élus et pour être élu, il fallait s’allier à un parti. Et la gauche est un peu plus progressiste que la droite», explique-t-elle. Son parti pris s’est arrêté là car, fait rare chez les Verts, «je n’a jamais accepté d’être dans une tendance ou une motion».

Alors, elle s’est promenée de listes électorales en listes électorales, toujours sur le terrain, jamais en position éligible, car elle se considérait déjà trop âgée. Elle préfère l’engagement au quotidien, dans les conseils de quartier, qu’elle anime depuis trente ans. Le grand bol d’air, ça a aussi été les européennes de 2009, avec «Dany (Daniel Cohn-Bendit), un homme brillant qui nous fait beaucoup de bien, et beaucoup de mal à la fois».  Et de reprendre, très sérieuse: «On était un recours pour les gens mécontents. Maintenant, le recours, c’est Marine Le Pen.» Et pourtant, à 96 ans, pas question de rendre sa carte. «Même si je suis parfois mécontente, je reste. C’est plus facile de partir, mais il faut lutter de l’intérieur, c’est ce que j’ai dit à Noël [Mamère, qui a quitté les Verts à l’automne]. S’engager, toujours s’engager, il n’y a que ça», martèle-t-elle énergiquement. C’est en tout cas le fil de sa vie.

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