Jean Lassalle, député des Pyrénées a fait un tour de France du printemps 2013 jusqu'au 11 décembre, date d'arrivée dans la capitale.
Jean Lassalle, député des Pyrénées a fait un tour de France du printemps 2013 jusqu'au 11 décembre, date d'arrivée dans la capitale. - POL EMILE / SIPA/SIPA

Le député (MoDem) Jean Lassalle boucle samedi un tour de France où il est allé à la rencontre des Français. Interview.

Vous avez marché 6.000 kilomètres en huit mois à travers toute la France. Quel pays avez-vous vu?

Au fond, on pouvait se demander s’il était utile d’entreprendre des kilomètres pour écouter les Français puisqu’ils sont écoutés en permanence. Maintenant que je suis arrivé, je peux dire que j’ai certainement posé l’acte politique dont je suis le plus fier de ma vie. Ce n’est pas la même rencontre que l’on a sur une longue durée, sans interruption, au hasard des chemins, des routes, des cœurs des villes, des longs kilomètres de campagne et des villages qui s’égrainent que celle que l’on peut avoir sur un marché public ou dans une permanence. J’ai trouvé un pays résigné et pour moi, la résignation est l’état ultime des sentiments humains en ce sens qu’on ne croit plus à rien. Dans certaines régions, comme l’Alsace, la Bourgogne, l’Armagnac, une partie du Massif central, la Corse bien sûr et la Bretagne, c’est plus un sentiment de résistance, de non-acceptation, qui domine et que l’on croise dans les regards. J’ai trouvé plus largement un sentiment de rejet des politiques que nous sommes. On nous reproche de ne jamais tenir nos promesses. Deux évènements ont fait déborder le vase: le référendum sur l’Europe que les Français ont rejeté et que Sarkozy a fait adopter par le Parlement et la campagne électorale de François Hollande.

Qu’est-ce qui préoccupe les Français?

Deux sujets, que je ne pensais pas trouver à ce rendez-vous, sont revenus sans cesse. Le premier, c’est : «qu’est-ce que c’est que cette dette dont on sent bien qu’elle conditionne nos politiques sous forme de taxes et d’impôts nouveaux tous les jours? Comment se fait-il que nous soyons aussi endettés qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale? Comment voulez-vous que l’on rembourse alors que nous ne vendons plus à l’étranger?». L’autre grande désillusion, qui est d’autant plus violente qu’elle repose sur ce qui avait constitué un grand espoir, c’est la construction européenne. D’un espace qui devait être le plus fraternel du monde, les Français découvrent que c’est une véritable jungle où tous les coups sont permis. Les citoyens assument un vote extrême ou désespéré, comme je ne l’avais jamais entendu. Ca ne se traduira pas forcément aux municipales mais aux européennes où un coup très dur sera porté dans les urnes. Les trois ans qui séparent mai 2014 à mai 2017 décideront de ce que seront les dix ou vingt ans à venir: soit une mutation paisible et pacifique soit une tragédie.

Quels remèdes proposez-vous?

Il faut le temps de la réflexion. Je suis rentré mercredi soir. Si j’avais trouvé des remèdes au bout de huit mois, je serais plus fort qu’Einstein! Je vais d’abord réunir samedi à l’Assemblée nationale les personnes que j’ai rencontrées tout au long du chemin. Nous tiendrons un jour et demi de travail et de réflexion. Nous préparerons un rapport qui sera remis fin février au président de la République. A chaud, je recommanderais un changement d’attitude dans notre manière de nous exprimer en politique. Que le gouvernement se hisse là où le peuple l’a placé: à un certain niveau de solennité et de dignité et que l’opposition soit plus humble! Rien n’exaspère plus nos citoyens que de nous entendre tous aboyer comme des chiens.

 

Vidéo éditée par Thomas Lemoine

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