Hollande hué: «Une digue symbolique qui saute peu à peu»

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Publié le 11 novembre 2013.

INTERVIEW - Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Orléans, a répondu aux questions de «20 Minutes»...

Hollande hué pour les cérémonies du 11 novembre, est-ce qu’un tabou a sauté?

Oui et non. Avec ce qui s’est passé, on est aux antipodes de l’appel à l’unité et au rassemblement, à l’union sacré, lancé par François Hollande. C’est l’antipode d’une cérémonie d’hommage patriotique. Le président de la République incarne la France, la République, la patrie, c’est donc choquant. Mais il ne faut pas non plus surinterpréter, il y a a priori des militants d’extrême droite qui tentent de récupérer la révolte bretonne. Or, l’extrême droite a une forte tradition de violence politique. Je note que certains avaient des drapeaux tricolore: en s’attaquant au président, ils s’attaquent aux symboles mêmes de ce qu’ils prétendent défendre.

Qu’est-ce que de tels événements disent de la situation politique?

Ce qu’il s’est passé aujourd’hui est phénomène exceptionnel, pas anodin, mais qui est  le symptôme d’une tension  et d’une crise profonde de la société française. Il y a un fossé entre l’opinion et ses élites, un manque de confiance criant, aggravé par la crise économique et sociale très dure que nous connaissons. Au final, il y a un manque de respect pour ceux qui incarnent la République. Mais ce mouvement a commencé avec Nicolas Sarkozy, qui a aussi a été personnellement attaqué à plusieurs reprises lors de sortie publique.  Il y a une trivialisation du président de la République. C’est une digue symbolique qui saute peu à peu, avec ce manque de respect pour l’institution nationale que représente le Président. Ce qui s’est passé aujourd’hui est un exemple de plus de ce bouclier symbolique de la présidence qui est très affaibli. C’est d’autant plus ennuyeux que dans la Vème République, toutes les Institutions sont centrées sur la personne du Président, et qu’à partir du moment où il n’est plus respecté, on peut se poser la question de sa capacité à gouverner.

La situation de François Hollande, qui bat des records d’impopularité et dont la politique est ultra contestée, n’aggrave-t-elle pas la situation?

Le «Hollande-bashing» est très fort, avec une mise en cause permanente des capacité de celui qui détient le pouvoir. Avec François Hollande, il y a un double phénomène: il y a des doutes sur sa capacité à gouverner, au sens de Mendès-France, «gouverner c’est choisir». De plus, l’image et la crédibilité de la figure institutionnelle de la présidence de la République est de plus en plus amoindrie. Là, Hollande s’inscrit dans la continuité de Nicolas Sarkozy.

Propos recueillis par Maud Pierron
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