Bernard Cazeneuve, le ministre du Budget  dans son bureau à Bercy le 19 juin 2013
Bernard Cazeneuve, le ministre du Budget  dans son bureau à Bercy le 19 juin 2013 - V.Wartner/20 Minutes

Matthieu Goar

L’automne, la saison des feuilles mortes et des milliers de feuillets remplis de lignes de budget. Mercredi, le gouvernement lance le marathon du vote de la loi de finances, texte fondamental du fonctionnement des institutions. Présentation du projet de loi en Conseil des ministres, audition devant la Commission des finances de l’Assemblée, conférences de presse, les ministres de l’Economie et du Budget, se préparent une belle journée. «Une semaine très tranquille», ironise-t-on à Bercy où l’on finalise les centaines de pages du texte pour éviter le cafouillage. L’année dernière, les députés s’étaient plaints d’avoir reçu les documents au dernier moment et l’opposition avait moqué «l’inexpérience» des socialistes fraîchement élus.

Au cœur de ce dispositif, le ministre du Budget Bernard Cazeneuve. Remplaçant du répudié Jérôme Cahuzac, l’un des ministres préférés de François Hollande va découvrir les joies des heures de discussion budgétaire, un des exercices les plus ardus de la politique française. Une première pour l’ancien ministre des Affaires européennes qui n’a jamais appartenu à la Commission des Finances. «Il ne débarque pas. Cela fait six mois qu’il bosse ces sujets. De toute façon, on sait très bien que l’opposition ne nous fera pas de cadeau mais le ministre n’a pas l’habitude de se laisser faire», relativise un collaborateur qui rappelle avec délectation l’un des récentes sorties cinglantes de Cazeneuve évoquant une «taxe sur la mauvaise foi» qui obligerait les députés UMP à payer «l’impôt sur la fortune». «Il a l’habitude de dire que le chromosome du ministre du Budget n’existe pas. Alors il travaille, demande beaucoup de notes et confronte son analyse avec celle de ses collaborateurs», poursuit un autre à la veille de la première audition de la Commission des Finances.

L’UMP fourbit ses armes

Peu connues du grand public, les auditions de cette Commission, la plus prestigieuse de l’Assemblée, font partie des moments les plus techniques et redoutés du processus législatif. Pendant tout l’automne, jusqu’au vote définitif de la Loi de finance, 76 députés y décortiquent le texte. Taux de CSG, augmentation des effectifs dans l’Education nationale, niches fiscales, fiscalité des Dom-Tom… Les sujets sont particulièrement précis. Aux manettes, de nombreux anciens ministres du Budget (Valérie Pécresse, François Baroin, Eric Woerth…) et des députés spécialisés dans chaque domaine. Une véritable épreuve du feu pour le ministre du Budget convoqué une à deux fois par semaine et qui doit maîtriser dans le détail les centaines de pages du texte. «Par cordialité, nous envoyons les questions aux services du ministère avant les auditions. «L’idée n’est pas de piéger le ministre mais de répondre avec précision. L’exercice doit être loyal», analyse Etienne Blanc, membre UMP de la Commission et rapporteur spécial sur les questions de Justice.

Avant sa série de grands oraux, Bernard Cazeneuve peut en tout cas en vouloir à ses collègues, qui lui ont savonné la planche en entretenant un joli flou artistique (Moscovici évoquant le «ras-le-bol fiscal des Français», Hollande une «pause fiscale» pour 2014, Ayrault la repoussant à 2015…). Autant de munitions pour les députés UMP qui ont déjà commencé à préparer leurs interventions. «Bernard Cazeneuve est un homme précis mais il sait être très politique en ramenant tout aux erreurs de ses prédécesseurs. Nous attendons un discours de vérité», poursuit Blanc qui n’hésite pas à mettre la pression sur le ministre en se rappelant le talent d’un de ses prédécesseurs: Jérôme Cahuzac. «Sa rapidité d’analyse lui permettait de décortiquer la question au moment où nous la posions et il avait une mémoire d’éléphant. Le tout dans un français impeccable. C’était un peu le Maria Callas de ces auditions.» Une diva qui pratique maintenant son son art devant une toute autre commission...