Taubira, la ministre que la droite adore détester

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Publié le 6 août 2013.

POLITIQUE - La ministre de la Justice subit une nouvelle fois les attaques de l’opposition...

Encore une fois, Christiane Taubira se retrouve sous les feux de la droite. Avec la non-incarcération de trois condamnés à Dreux, la Garde des Sceaux se retrouve pointée du doigt pour son supposé laxisme. Pire, le député UMP Eric Ciotti l’a directement accusée de «mettre en péril le pacte républicain». Ce n’est pas la première fois que la ministre guyanaise se retrouve en première ligne face à la droite.

Dès l’annonce de sa nomination, la droite populaire l’avait ciblée. Il faut dire que Christiane Taubira, son fort caractère et sa répartie ne sont pas inconnus à l’Assemblée nationale. La droite la conspue notamment pour son combat qui a abouti au vote en 2001 d’une loi mémorielle sur la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l’humanité. Alors le 16 mai 2012 au soir, le député de la droite populaire Jean-Paul Garraud déclarait que « la composition » du gouvernement lui donnait « mal à la France », notamment pour le cas de Christiane Taubira. Se défendant d’une «attaque par rapport à la couleur de peau», il avait dénoncé sa position sur « l’esclavagisme », l’accusant de «faire à chaque fois le procès de la France » et d’avoir en plus « une vision très communautariste de l’Histoire de France».

Laxiste, angéliste, indépendantiste…

Quelques jours après sa prise de fonction, alors que la droite crie à l’incompétence tant sa nomination était inattendue, Christiane Taubira doit faire face à une polémique surgie sur les réseaux sociaux, entretenue par l’extrême droite, dans laquelle la droite plonge, réclamant, tel Lionnel Luca ou Roselyne Bachelot, des «explications». Après la fête du 6 mai 2012, Taubira aurait déclaré sur RFI : «Brûler des drapeaux français, c’est un geste de liesse pardonnable». Là, c’est la Christiane Taubira indépendantiste (dans son passé en Guyane) et laxiste qui est attaquée. En fait, RFI a confirmé qu’à aucun moment la ministre de la Justice n’avait tenu de tels propos.

Et pour illustrer «l’angélisme» et le «laxisme» de la ministre, la droite se sert d’un autre événement : pour l’un de ses premiers déplacements, la ministre assiste à un match de basket entre détenus, et l’un d’entre eux en profite pour s’échapper. Du pain bénit pour la droite, qui s’écrie : «Première sortie de Mme Taubira : première évasion réussie». Pas étonnant qu’un élu de droite, anonymement, balance à l’AFP : «C’est comme Eva Joly, qui était un punching-ball idéal pour la droite. Taubira est une cible parfaite. On va bien se marrer…»

Elle donne autant de coup qu’elle reçoit

Ces derniers mois, l’affrontement droite gauche s’est surtout cristallisé lors du débat sur le mariage pour tous. Au nom de l’égalité, la ministre de la Justice s’est jetée corps et âme dans la bataille. Dans la rue, les anti mariage pour tous conspuent autant son nom que celui de François Hollande. Mais c’est sa démission qu’ils réclament. Elle est devenue l’icône de la gauche en mal de combat et l’ennemi de la droite. Au final, ce combat parlementaire lui a fait gagner le respect de certains de ses adversaires, comme l’UMP Jean-Frédéric Poisson.

Car Christiane Taubira n’est pas qu’un punching-ball car elle donne autant de coups qu’elle reçoit. Pendant les débats sur le mariage pour tous, elle met un point d’honneur à assurer la majeure partie des séances, répondant pied à pied à la droite, parfois vertement, parfois sur le ton de l’humour, ne laissant rien passer. Et régulièrement, elle pilonne la politique pénale menée par la droite lors du précédent quinquennat, des tribunaux correctionnels pour mineurs (qu’elle a supprimés), aux peines plancher (qu’elle veut supprimer), ou au plan de construction des prisons (qu’elle a en grande partie annulé).

Un crime de lèse-majesté pour la droite qui ne supporte pas qu’elle assume une politique de sortie du « tout carcéral ». Mais hier encore, comme toujours, elle a dénié à la droite tout droit à la critique, eu égard à son bilan. «Ils n’ont pas de légitimité pour s’exprimer, parce qu’aujourd’hui nous avons 56 % de récidive depuis 2007 malgré les 30 lois pénales (votées par la droite) et 64 % de récidive sur les peines de moins de six mois».

Maud Pierron
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