La France, «ce grand pays»

POLITIQUE Le président de la République François Hollande a évoqué une nouvelle fois «la grandeur» de la France durant son allocution du 14 juillet...

Anne-Laëtitia Béraud

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Le président de la République François Hollande, le 14 juillet 2013 à Paris.

Le président de la République François Hollande, le 14 juillet 2013 à Paris. — MEIGNEUX/LCHAM/SIPA

Clap de fin sur l’allocution télévisée du Président François Hollande pour le 14 juillet. Un discours où le chef de l’Etat a évoqué la «grandeur» de la France. Cette phrase est aussi classique que fictionnelle, rappelle l’historien Jean Garrigues, professeur d'histoire contemporaine à l'université d'Orléans et président du Comité d'histoire parlementaire et politique.

Ce n’est pas la première fois que François Hollande évoque la grandeur ou la particularité de la France. Au soir de sa victoire à la présidentielle le 6 mai 2012, il expliquait à Tulle: «Nous ne sommes pas n’importe quel pays de la planète, n’importe quelle nation du monde. Nous sommes la France, et président de la République il m’incombera de porter les aspirations qui sont celles de la France».

Un discours ritualisé

Une petite musique que l’on retrouve dans plusieurs interventions du chef de l’Etat (ici et ici ou encore ici) mais aussi dans des discours de nombreux dirigeants français, tel Jacques Chirac en 1985, où président du RPR il lance sa célèbre formule: «On ne construit pas la grandeur de la France avec de l'eau tiède et du chloroforme».

La «source» de cette exaltation nationale est à chercher du côté du général de Gaulle, qui popularise cette «certaine idée de la France», qu’il explique dans ses Mémoires de guerre. L'Appel: «A mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur.»

Discours des «déclinologues»

«Parler de la grandeur de la France, de la spécificité de cette Nation est une tradition qui remonte à la Révolution française, lorsque la France était considérée comme au cœur de l’Europe», rappelle l’historien politique Jean Garrigues.

Cette conception toute française du pays parcourt les discours des politiques de droite comme de gauche. Mais, note Jean Garrigues, cette perception relève largement de la fiction. «La rupture est intervenue avec la Première guerre mondiale. D’un XIXe siècle dominé par la Grande-Bretagne, le pouvoir est passé au XXe siècle aux Etats-Unis et l’URSS, et aujourd’hui à la Chine. Aujourd’hui le changement de cartes mondial implique que la France passe au deuxième rang», continue-t-il.

Récupération par les extrêmes

Le déclin, professé par nombres de «déclinologues» n’est pourtant que relatif, - la France restant par exemple 5e rang mondial en termes de PIB, avec 2 808 milliards de dollars-  mais est alimenté par la crise auxquels les modèles néo-libéral ou social-démocrate peinent à répondre. «Cette mythologie de la grandeur de la France faiblit, concomitamment au désenchantement du peuple vis-à-vis du politique», souligne l’historien.

Mais un désinvestissement de ce discours a un effet pervers, car il est investi massivement par les partis extrêmes. «Cette mythologie est reprise par les partis extrêmes qui, en flattant la grandeur de la France, avancent leurs discours anti-européistes et de repli sur soi», analyse Jean Garrigues.

Le désenchantement aura-t-il raison de la «grandeur de la France»? Le message ne devrait en tout cas pas déserter les discours des politiques français.