Le 25 avril 2013. Jean-Marc Ayrault en interview a Matignon
Le 25 avril 2013. Jean-Marc Ayrault en interview a Matignon - V. WARTNER / 20 MINUTES

François Hollande avait pour ambition de rassembler le pays. A l’issue du débat sur le mariage, le pays apparaît au contraire clivé…

Il est normal qu’il y ait une controverse parce qu’un sujet de cette nature participe à un changement de culture. Mais personne n’a été pris par surprise: le «mariage pour tous» faisait partie des 60 propositions de François Hollande. Et c’est une question d’égalité: il s’agit de donner de nouveaux droits sans en enlever à personne.

La PMA est-elle enterrée?

On ne va pas ouvrir tous les jours un nouveau débat. Il y a un rythme pour chaque réforme. Je ne veux pas réformer en passant en force. Plus que jamais, je veux rassembler les Français autour de la bataille de l’emploi.

Les sujets sociétaux sont donc gelés jusqu’en 2017?

Il faut donner du temps et des signes d’apaisement. D’autres acquis viendront, par exemple l’extension de la couverture maladie universelle complémentaire à 400.000 nouvelles personnes en juillet: le droit de se soigner, c’est pour tous.

Les chiffres du chômage sont tombés…

Oui, les demandeurs d’emploi étaient au nombre de 3.224.600 à la fin du mois de mars. Cette situation est le résultat d’une hausse ininterrompue depuis maintenant cinq ans. Mais à présent, tous les leviers de la politique de l’emploi sont opérationnels: emplois d’avenir, contrats de génération, accord sur la sécurisation de l’emploi, soutien massif à l’investissement. Leur montée en puissance au cours des prochains mois est désormais notre priorité majeure.

Vous vous dites fier de votre action mais les Français ont vu leur pouvoir d’achat reculer de 1% en 2012, selon l’Insee. N’êtes-vous pas en décalage?

Après dix ans d’exercice du pouvoir par la droite, nous avons trouvé la France dans un état de faiblesse sans précédent. Nous avions d’ailleurs fait le diagnostic durant la campagne. Aujourd’hui, les mesures ont été prises et le pays est en convalescence. Les Français sont conscients que nous sommes en pleine crise mais aussi que nous changeons d’époque. Cela peut créer de l’angoisse. Mais nous avons une direction et il faut la tenir.

Comment expliquer  alors votre impopularité?

Chaque mesure est appréciée –on le voit dans les sondages- mais il y a un doute sur notre réussite à long terme. Ce n’est pas un rejet, c’est un doute. On ne peut réformer et espérer être applaudi en même temps! Les Français sont dans l’impatience, je les comprends, et je sais qu’ils n’ont pas peur de l’effort. A condition qu’il soit juste. Je crois en l’effort constant et continu plutôt qu’aux coups de colliers sans lendemain.

La fermeture de Florange est catastrophique pour votre gouvernement…

L’important, ce sont les engagements que nous avons obtenus de Mittal: pas de plan social, le reclassement des 630 emplois sur la sellette, l’activité à froid confortée par des investissements et le projet d’avenir sur l’acier propre. Mon père était ouvrier: je sais ce que c’est de se battre pour préserver son emploi. Il faut se battre mais sur des choses concrètes. Je suis l’homme du concret, pas celui des effets d’annonce. Je ne veux pas mentir aux gens et leur dire que d’un coup de baguette magique tout est réglé.

Comment vivez-vous les rumeurs de remaniement? Et les ambitions de Jean-Luc Mélenchon qui brigue aussi votre place?

C’est son droit mais les Français ont élu une majorité socialiste. Je me donne totalement à ma mission, plus que jamais, parce que cette mission m’anime. Je ne me pose pas la question de mon avenir personnel. Je ne me laisse pas impressionner par tel ou tel bruit. Etre Premier ministre demande du sang-froid et j’en suis doté. Mon exigence à l’égard des membres de mon gouvernement et de la majorité socialiste, c’est de jouer collectif.

L’Espagne, l’Italie… La situation économique en Europe est inquiétante…

Nous avons déjà engagé le combat sur la réorientation de l’Europe pour la croissance. Il faut le poursuivre. Je serais inquiet pour l’Europe si rien n’était décidé, mais il y a actuellement une prise de conscience. L’Europe est la plus grande puissance économique du monde avec des atouts formidables. Si on ne s’en sert pas, nous ne serons pas à la hauteur de l’histoire. La France doit redevenir un pays leader. En voyant la situation de certains pays européens, les Français, parfois, sont inquiets. Jamais je n’accepterai en France les sacrifices demandés ailleurs. Je serai le garant du modèle social: pour le préserver, il faut accepter les réformes.

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