Jean-Luc Mélenchon, lors de ses voeux à la presse, le 10 janvier 2013
Jean-Luc Mélenchon, lors de ses voeux à la presse, le 10 janvier 2013 - REVELLI-BEAUMONT/SIPA

Vêtu d’un long manteau noir en cuir, il est arrivé à pied au siège de son parti, l’Usine, au cœur d’un quartier populaire des Lilas. Sur le fronton du bâtiment, devant les cars télé garés à la va-vite, ses équipes ont entouré le drapeau vénézuélien d’un brassard noir. «C’est un jour de deuil pour nous et pour un certain nombre de peuples et de militants», débute Jean-Luc Mélenchon avant de tempêter contre « les discours haineux et vulgaires» d’une partie des commentateurs. Traits tirés et verbe haut, le ton est donné.

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Entre hommage à Hugo Chavez et attaques contre «l’arrogance» des Européens, Mélenchon a fait, mercredi matin,  de son deuil au président vénézuélien un geste politique. «Les Européens sont si prétentieux, si arrogants. Ils feraient bien de se souvenir que le Venezuela, contrairement à la France ou à l’Allemagne (…), a fait reculer la pauvreté et a éradiqué l’extrême pauvreté», estime Mélenchon avant d’avancer ses chiffres: sous Chavez, le nombre de militants aurait été multiplié par trois, le nombre d’enfants scolarisés aurait  augmenté de 70%. Jusqu’à la caricature, Mélenchon, très ému et lyrique lorsqu’il évoque des cendres « encore chaudes, brûlantes», décrit le miracle vénézuélien où «il n’y a plus d’habitants en guenilles ou d’hommes qui dorment dehors».

Réactiver la fracture avec la sociale-démocratie

Mélenchon, qui a rencontré plusieurs fois Chavez mais ne pourra pas être à ses obsèques,  décrit l’homme «qui dégageait une puissance, pas forcément impressionnant physiquement», mais par contre «capable de créer une vraie force d’entraînement». «Ce que représente Hugo Chavez ne meurt jamais. Il a fait progresser de manière considérable la démocratie », lance le co-président du parti de gauche, admiratif de ce modèle. «Il a fait la démonstration que, sur une ligne d’offensive sociale, on pouvait tenir en respect ses adversaires par les seules armes de la démocratie». Tout un programme pour l’ancien candidat du Front de gauche qui se souvient des «12.000 journalistes», venus voir perdre Chavez lors de sa réélection.

Ce jour de deuil, où le parti de gauche organise des rassemblements dans plusieurs villes, est l’occasion pour Mélenchon de réactiver la fracture entre son parti et les sociaux-démocrates du monde entier. Il tonne contre les «agences nord-américaines» coupables de désinformations, les partis socialistes «sud-américains «meurtriers»,  ou encore François Hollande dont le communiqué très mesuré parle des «orientations [de Chavez] que tout le monde ne partageaient pas». «Personne ne lui a demandé de partager la politique de Hugo Chavez. Je ne suis pas surpris. Tous les représentants de la social-démocratie internationale détestaient Hugo Chavez. Les partis de l’Internationale, à quelques exceptions près, sont le  plus souvent une association de malfaiteurs et de corrompus», attaque Mélenchon qui estime avoir eu quelques points de désaccords avec le «Comandante» vénézuélien.  Comme ses rencontres avec Bachar Al-Assad ou Mahmoud Ahmadinejad? «Hollande vient bien de rencontrer Poutine», répond Mélenchon avant de conclure: «Chavez vivant était pour eux dangereux. Chavez mort est invincible.» Et Mélenchon espère être un de ses prophètes.

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