Réforme de l’école: Vincent Peillon parle-t-il trop vite?

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Publié le 25 février 2013.

POLITIQUE - Le ministre de l'Education a provoqué la colère des syndicats d'enseignants et des parents d'élèves en évoquant une réforme des grandes vacances...

Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. En une phrase dimanche soir sur le plateau de BFM TV, Vincent Peillon a réussi à se mettre les syndicats d’enseignants, les parents d’élève et -plus simple- la droite à dos. Alors qu’il évoquait la réforme des rythmes scolaires, qui doit passer à 4,5 jours d’ici à 2014 et qui se prépare non sans difficultés sur le terrain, le ministre a ouvert un nouveau front en parlant d’une refonte des vacances d’été.

Et pas d’un simple époussetage: «Nous devons être capables d'avoir un zonage l'été, deux zones, et nous devons être capables d'avoir six semaines, c'est suffisant», a dit le ministre.  Branle-bas-de combat immédiat dans l’entourage du ministre, lequel rétropédale légèrement au cours de l’émission: «Quand vous voyez la difficulté sur les rythmes scolaires à passer à 4,5 jours, c'est un sujet dont on commencera peut-être à discuter en 2015». Une sorte d’auto-recadrage qui intervient juste avant celui de Matignon,  qui parle d’une piste éventuelle, «peut-être évoquée après 2015».

Accusé d’ «improvisation» par François Fillon et de «semer le désordre» par d’anciens ministres UMP de l’Education, Peillon a tenté de clore le sujet ce lundi: «J'ai simplement rappelé qu'il faudrait rouvrir cette discussion un jour mais nous en sommes très loin. La réduction des vacances n'est pas d'actualité, elle est dans mon livre, elle est dans tous les rapports. Il n'y a aucune information».  En d’autres termes: «circulez,  il n’y a rien à voir.»

«Pas très opportun en terme de calendrier»

Le ministre-a-t-il parlé trop vite? «Pour un philosophe[Peillon est agrégé de philosophie], sa pensée va peut-être plus vite que celle des autres», lâche en riant le député PS Eduardo Rihan-Cipel, réputé proche du ministre. C’est une «polémique lancée par l’UMP car comme elle ne peut pas attaquer le fond de la réforme, elle attaque l’homme. C’est regrettable». Pour lui, il n’y a pas de problème de timing dans cette déclaration. «On peut aller à la télé, débattre, expliquer la réforme des rythmes scolaires, sillonner la France pour expliquer cette réforme et donner de la perspective, expliquer la complexité de la réforme globale», défend-il encore.

Un autre bon connaisseur du dossier juge: «Vincent Peillon n’avait à l’évidence pas préparé cette phrase, il ne s’était pas calé avec Matignon -c’est le moins qu’on puisse dire-, et ce n’est pas très opportun en terme de calendrier». De son côté, Bruno Julliard, qui a quitté le cabinet de Vincent Peillon après avoir justement travaillé sur les rythmes scolaires reproche une certaine «hypocrisie des syndicats». «C’est peut-être une maladresse. Ça peut apparaître comme de l’huile sur le feu alors qu’il y a un débat très compliqué par ailleurs sur les rythmes scolaires. Mais il ne dit rien de nouveau, rien que les syndicats ne savent pas», explique-t-il. «C’est même étonnant que les syndicats tombent sur le ministre alors que ce sont eux qui ont refusé que les rythmes scolaires et les vacances soient traitées en même temps», ajoute-t-il précisant que lors de sa campagne, François Hollande avait été très clair sur ce sujet et le fait que la question des vacances d’été était dans le «pack» réforme de l’Education.

Attention au syndrome Allègre

Peut-être Vincent Peillon a-t-il voulu faire un coup médiatique? «C’est une question qui peut se poser. Mais Vincent Peillon n’est pas préoccupé par son sort personnel. Il n’est pas concentré sur lui mais sur ce qui peut être l’affaire de sa vie: refonder l’école», assure Eduardo Rihan-Cypel. Une thèse rejetée également par ce bon connaisseur de l’Education nationale qui loue un ministre qui «connaît parfaitement son sujet». Un peu trop peut-être. «Quand il est en confiance, son exigence intellectuelle fait qu’il a envie d’aller au fond de son idée de refondation de l’école, il y croit vraiment».

Seul bémol sur la méthode Peillon: «il faudrait qu’il soit plus en lien en permanence avec les syndicats. Cela éviterait ce type de problème de communication». Et que la droite s’en empare. Car aussi habité par sa mission qu’il soit, Peillon risque de la faire capoter s’il est touché par «le syndrome Allègre». «La crispation définitive entre le ministre et les syndicats est un risque. Mais il ne veut pas être populaire car il ne fait rien. Il préfère être moins populaire et réussir car l’école française en a réellement besoin. Mais il faut reconnaître que c’est un subtil équilibre qui n’a encore jamais été trouvé par les ministres de l’Education». C’est dire.

Maud Pierron
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