«Mariage pour tous»: Twitter à l'Assemblée, une petite révolution bientôt encadrée?

LOI Claude Bartolone a indiqué ce lundi qu'un «groupe de travail» allait notamment se pencher sur cette question...

Enora Ollivier

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Le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone, le 2 février 2013 dans l'hémicycle, lors des débats sur le projet de loi sur le mariage pour tous.

Le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone, le 2 février 2013 dans l'hémicycle, lors des débats sur le projet de loi sur le mariage pour tous. — WITT/SIPA

«Un rappel au règlement basé sur un tweet. (Ou) comment une nuit Twitter est rentré dans le droit parlementaire...» 

Le président de la Commission des Lois Jean-Jacques Urvoas l’a bien noté vendredi (sur Twitter, bien sûr!): le réseau social a fait ce week-end irruption à la fois dans l’hémicycle et dans la procédure parlementaire. Première historique vendredi: un tweet a provoqué une suspension de séance. En l’occurrence, celui de l’écologiste Sergio Coronado, qui a fait sur le réseau social un parallèle entre son collègue UMP Hervé Mariton (qui arborait une tenue dans les tons violet et parme) et Bree Van de Kamp, personnage de «Desperate Housewives», archétype de la femme stricte. «C’est n’importe quoi!», a tempêté Christian Jacob, président du groupe UMP, avant d’obtenir une interruption de séance de 10 minutes.

S’interroger «sur la pertinence de maintenir les tweets à l’intérieur de l’hémicycle»

Ce «n’importe quoi» est devenu, lors de l’examen du projet de loi sur le mariage pour tous, un exercice plébiscité par les députés. Et en particulier par les élus de la majorité, priés de ne pas intervenir trop fréquemment dans l’hémicycle pour ne pas faire durer un débat grandement consacré à étudier les amendements de l’opposition. 

Du coup, Twitter est devenu l’espace de décompression, l’endroit idéal pour des députés frustrés d’être privés de parole pour réagir, se plaindre, plaisanter. Ce qui n’est pas du goût de tous. L’UMP Philippe Gosselin est ainsi intervenu vendredi soir après un tweet de Jérôme Guedj (PS), pour demander au président Bartolone de prononcer un «rappel amical» aux députés twittos. «Pour ce qui est des communications électroniques, cela me paraît bien compliqué. Je le regrette, sachez-le», a répondu ce dernier dans un sourire.

Car, évidemment, rien n’est prévu dans le règlement de l’Assemblée au sujet des tweets. Internet a fait son apparition dans l’hémicycle seulement en juillet 2012, grâce à la modification du règlement de l’Assemblée adoptée en 2009.  Mais samedi soir, l’UMP Patrick Hetzel l’a souligné, après un tweet d’Erwann Binet (PS): «Il faudra que nous nous interrogions sur la pertinence de maintenir les tweets à l’intérieur de l’hémicycle».

Interpellé sur le sujet par l'UMP Philippe Gosselin, Claude Bartolone a indiqué ce lundi qu’un «groupe de travail» a été mis en place pour réfléchir aux moyens de «moderniser» les façons de travailler, et qu'il se pencherait notamment sur la question des réseaux sociaux. Mais pour le moment, a souligné le président de l’Assemblée, impossible «de contrôler tous les échanges qui se tiennent hors de l’hémicycle». «Aucune insulte ne doit être permise», a aussitôt réagi le chef de file des députés PS Bruno Le Roux, indiquant «s’associer» au travail mené sur le sujet.

«La preuve qu’il y a des membres du gouvernement branchés»

En attendant une éventuelle réglementation sur la question, l’opposition tente de tirer parti de la pratique, en stigmatisant l’usage de Twitter par les députés de gauche, qui serait synonyme, selon eux, d’un manque de sérieux.

Dimanche soir, Christian Jacob a ainsi rappelé le député Bernard Roman à ses «responsabilités» [il est questeur de l’Assemblée], «au lieu de (se) précipiter pour faire un tweet de plus». «Je voudrais (…) revenir sur les amalgames réducteurs odieux que propagent certains de mes collègues, qui passent leur temps à tweeter, au lieu d’écouter et d’essayer de comprendre ce qui se dit sur ces bancs», a de son côté lancé l’UMP Nicolas Dhuicq.

Ce lundi après-midi, à la reprise des débats, Patrick Hetzel a même critiqué la ministre de la Famille, coupable, d’après lui, de tweeter en plein débat. «C’est la preuve qu’il y a des membres du gouvernement branchés», s’est borné à commenter, sourire aux lèvres, le président de l’Assemblée.

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