Vœux 2013: Morin en gentleman farmer… Désir coincé… Copé fait du charme…

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Publié le 31 décembre 2012.

POLITIQUE - Chacun a délivré son message à l'adresse des Français...

Aaaaah, les vœux des politiques le 31 décembre… Un passage obligé autant qu’un exercice (la plupart du temps) très codifié qui donnent rarement des sommets d’innovation et des documents intéressants. 20 Minutes s’est sacrifié pour vous. Avec quelques surprises à la clé.

Un Harlem Désir assez guindé

Sur la forme: Pour lui aussi c’est une première. Et ça se voit. Le premier secrétaire du PS, filmé en plan fixe (vraisemblablement) devant la bibliothèque de son bureau, semble un peu coincé. Plan fixe, il récite un texte très convenu et assez solennel: «Mes chers compatriotes, de métropole de l’outre-mer et de l’étranger, au nom des socialistes je vous adresse tous mes vœux pour 2013.» Plus classique, il n’y a pas. Pas de sourire durant son allocution de 3’37: on le comprend, l’année va être dure.

Sur le fond: A fond derrière le gouvernement! «Fier des réformes engagées, prêts pour les combats à venir», c’est le titre de la vidéo. Harlem Désir y défend François Hollande, malmené par les sondages, au risque d’un discours lénifiant. «Le cap fixé par le président de la République est clair: l’emploi, la croissance, la justice sociale, le redressement de notre économie. Nous avons fait le choix de la vérité, nous n’avons pas voulu cacher la situation dans laquelle se trouve notre pays ni le temps que prendront les mesures engagées pour produire tous leurs effets», dit-il par exemple. «Parce que la France est un grand pays dont les atouts sont immenses, nous parviendrons à sortir de la crise. C’est la responsabilité qui nous incombe. Nous devons bâtir une économie plus forte, une société plus juste et plus solidaire», promet-il aussi. Enfin, il annonce pour 2013 un PS qui «ira à la rencontre des Français» et qui sera «une force de soutien et de propositions».


 

Hervé Morin en gentleman farmer

Sur la forme: Champêtre et dé-con-tract! Lui, on l’attendait un peu. C’est vrai qu’Hervé Morin nous a habitués à faire preuve d’originalité pour ses vœux. En 2010, il nous a invités dans sa cuisine, et en 2011 sur son sofa. Cette année, il nous emmène dans sa «Normandie natale». Avec collines verodyantes, ciel gris (donc sans trucage) et oiseaux qui chantent. On voit que le patron du Nouveau centre est de plus en plus à l’aise dans l’exercice car il semble presque improviser ses vœux et utilise un langage (légèrement) relâché, à grands renforts de «je vous dirais pas» et de «c’est ça que je vous souhaite». En revanche, petit bémol sur le montage qui n’arrête pas de changer de plan, de zoomer et dézoomer sur le visage de Morin: ça donne mal au crâne avant d’avoir bu du champagne.

Sur le fond: Humour et critique. Hervé Morin commence par fustiger l’exercice des vœux des politiques -«Il n’y a pas plus convenu»- et se met à décrire avec ironie ceux de Hollande -«Grâce à sa politique, il va effacer les années noires du sarkozysme et en 2014, on trouvera la croissance»- et surtout ceux de son ennemi politique -«Vous aurez François Bayrou, avec le regard noir, devant sa bibliothèque expliquant qu’il faut un cap à la politique menée par la France». Voilà pour la touche d’ironie. Plus loin, Morin enfile un costume d’opposant anti-système en réclamant pour 2013 «liberté égalité fraternité». «Liberté, c’est qu’on vous foute la paix, qu’on arrête de changer la règle tous les trois jours», s’agace-t-il par exemple.

L’exercice de charme de Jean-François Copé

Sur la forme: Traditionnel. Jean-François Copé est président de l’UMP et son intervention est des plus classiques. Il apparaît sur un fond bleu de l’UMP, et livre un très long message de plus de 8’26, un record par rapport aux autres politiques. Et visiblement, il a beaucoup à se faire pardonner: il multiplie les œillades, use de sa voix douce et le sourire est bien présent.

Sur le fond: Fouillis. On passe des problèmes de l’UMP, jamais évoqué directement mais par des périphrases -«les tempêtes et les tourments», «les épreuves de la fin de l’année»-, de la défense du bilan de Nicolas Sarkozy  -dont «l’élan réformateur a été brisé net le 6 mai dernier»- à la critique du gouvernement avec, aussi un satisfecit: «L’UMP compte plus de 315.000 militants, c’est un record». «La France a plus que jamais besoin d'une UMP solide et rassemblée» pour s'opposer à une gauche qui «ajoute de la crise à la crise», dit-il. Il conclut par une phrase qui met en avant son vœu de réconciliation avec ses ennemis de l’UMP: «Avec Luc Chatel, Michel Tabarot, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et tous ceux qui rejoindront notre équipe dans les prochains jours, comme nous avons convenu avec François Fillon, nous allons faire des grandes et belles choses pour l’UMP et pour la France.» Suffisant pour influer sur sa cote de popularité?

 

Marine Le Pen veut consolider «l’espoir de 2012»

Sur la forme Des drapeaux bleu blanc rouge évidemment, aux dépens de la bannière européenne. Du classique aussi pour la présidente du FN, qui donne dans le chaleureux, avec ses grands sourires.

Sur le fond: Satisfecit. Clairement, Marine Le Pen n’est pas mécontente de son année. «2012  a suscité l’espérance, ce n’est pas une année noire. Pour les militants FN, 2012 ce fut l’année des premières grandes victoires» au niveau électoral, vante-t-elle. En revanche, pour la France, le bilan est moins bon: «2012 aurait dû être synonyme de renouveau, l’alternance politique aurait logiquement dû signifier une rupture dans la politique menée, un changement. La déception fut rapide.» Du coup, «en 2013 nous avons beaucoup ce travail, nous avons besoin de l’aide de chacune et chacun d’entre vous pour gonfler les rangs du parti des amoureux de la France», annonce-t-elle, souhaitant «que 2013 soit pour tous une année d’espérance» et «l’année du retour de la France».

 

Mélenchon en pleine réflexion

Sur la forme: Anti! Le co-président du Parti de gauche n’a pas tourné de vidéo mais livre ses «anti-vœux» sur son blog. «Je ne ferai pas de petit film. Je ne vais pas me la jouer. Je reste chez moi, parmi les miens comme tout le monde», bougonne-t-il pour commencer. Le texte, long, comme d’habitude, est aussi léché. Tribun à l’oral, Mélenchon est une très bonne plume à l’écrit. Et râleur un jour, râleur toujours: les vœux, c’est «la corvée», écrit-il. «Il pleut aussi des mails et des SMS envoyés à la chaîne par des machines sans âme. L’expéditeur sait-il seulement que je suis dans sa liste de diffusion? Non. (…) Sans compter tous ceux qui achèvent de m’assassiner en se préoccupant de ma santé. Quoi, qu’est-ce qu’elle a ma santé?» développe cet authentique «hater» des vœux.

Sur le fond: Réfléchi. Evidemment, Mélenchon est plus fin que cette seule colère. «Je vous souhaite la fin d’un monde. Le monde de l’argent roi, le monde des cupides qui pourrissent le ciel, la terre et la mer! Vienne le temps de cerises et des jours heureux», espère-t-il. Surtout, au terme de cette année électorale marquée par la crise, l’ex-candidat s’offre une réflexion sur les vœux,  puisqu'il veut «les utiliser comme un prétexte pour prononcer les mots comme on n’ose pas le faire le reste du temps à des gens en particulier parce qu’on éprouve de la gratitude à leur égard, ou bien une très ardente communion d’esprit», explique-t-il. Et le héraut du Front de gauche de citer «Angélique, la voix posée devant Sodimédical, Yvon à Pétroplus, qui semble porter la raffinerie sur son dos, Rachid devant les machines à protéger, Xavier Mathieu que les puissants du jour comme ceux de la veille ont laissé sur sa croix, Yves, Nathalie, Lionel, Gérard, Aurélie, Murielle. Je vous vois à mesure que je vous écris.»

Nicolas Dupont-Aignan au Pôle emploi

Sur la forme: Une pointe d’originalité. Cette année, il fait ses vœux depuis une agence du Pôle Emploi. Son discours est récité et pédago, mais parfois, il joue l’énervé en utilisant le «nous» contre le «ils», qui renvoie aux partis censés incarner le système, l’UMP et le PS. Comme pendant la présidentielle. D’ailleurs, le président de Debout la République n’a pas changé de disque depuis cette campagne, à laquelle il fait d’ailleurs référence de nombreuses fois.

Sur le fond: Alarmant. S’il est dans une agence du Pôle Emploi, c’est «parce que notre pays va vivre en 2013 sa pire crise éco et sociale de l’histoire récente». Aïe. Il adresse donc des «vœux de courage» aux «millions de familles touchées par le chômage». Malgré tout, il forme aussi des «vœux d’espérance» car d’après lui, «2013 peut être l’année de la mobilisation générale pour changer enfin de politique». Et de lancer: «Lors de la présidentielle 2012, le peuple a été une fois de plus trompé par une fausse opposition entre le PS et l’UMP. Ces deux partis politiques vont chercher leurs ordres à Bruxelles. Il est possible d’agir autrement, de sortir de la crise en France.»

 


 

En bonus, l’exercice de style Jean-Pierre Raffarin

Sur la forme: A l’ancienne. L’ex-Premier ministre a choisi l’écrit, en publiant un message sur son blog. Avec pas mal d’humour. 

Sur le fond: C’est très court mais les messages politiques sont là. Raffarin souhaite «une année heureuse et joyeuse» à ceux qui lisent son blog, et forme «des vœux d’unité» pour les Français. Mais le sénateur UMP a surtout une petite pensée pour chacun des acteurs politiques, notamment de la majorité. A Hollande, il souhaite «l’autorité dont la France a besoin», à Jean-Marc Ayrault «le soutien de Notre-Dame… (des Landes)», au gouvernement «la couacothérapie, à Jérôme Cahuzac «la vérité», à Valérie Trierweiler «sa juste place», à Ségolène Royal «juste une place», à Manuel Valls «des amis à gauche». Et à Gérard Depardieu… «la France».

Maud Pierron

 

 

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